Crainte du deficit public

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  • Publié le : 29 novembre 2009
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La France l′avait promis à Bruxelles en 2004 : le dérapage du déficit public enregistré cette année-là (4,1 % du produit intérieur brut) ne serait que passager. La Frances′engageait non seulement à revenir, dès l′année suivante, sous la barre des 3 % du PIB− sauf « circonstances exceptionnelles » − imposés par le traité de Maastricht, mais aussi à éliminer tout déficit public avant 2009. Et, defait, les choses semblaient aller dans ce sens, même si, certes, plus lentement que prévu. Dominique de Villepin s′apprêtait donc à fêter les mérites de sa gestion des finances publiques, qui faisait de la France le bon élève de l′Union européenne.
Tout a changé avec l′élection de Nicolas Sarkozy qui, dans la droite ligne d′un Reagan voyant dans la réduction forte des prélèvements le moyeninfaillible de relancer la croissance, réduisait les impôts d′Etat de plus d′un point de PIB, les ramenant de 14,6 % du PIB en 2006 à 13,3 % du PIB en 2008. Grâce à quoi, à nouveau, la fameuse barre des 3 % était franchie, le déficit public atteignant 3,4 % du PIB… Et c′était sans compter sur la crise qui, non contente de ruiner les espoirs présidentiels d′une accélération de la croissance économique,allait exiger l′injection en urgence dans l′économie nationale de plus de 5 points de PIB sous forme de déficit budgétaire et social accru : moitié au titre de la relance, moitié au titre des « stabilisateurs automatiques » (la baisse des rentrées fiscales ou sociales). Bref, le déficit public devrait passer de 3,4 % du PIB en 2008 à 8,5 % en 2010 si les projets de loi de finances et de loi definancement de la Sécurité sociale sont adoptés par le Parlement, ce qui ne fait guère de doute… A quoi s′ajoutera le coup de pouce du « grand emprunt » − les 35 milliards d′euros qui gonfleront encore la dette publique.
Peu surprenant alors que Bruxelles monte au créneau. Certes, il y a bien « circonstances exceptionnelles », concède la Commission. Mais, de sonpoint de vue, la parenthèse de la criseest appelée à se fermer− elle se referme déjà, soutient-on à la Commission −, de sorte qu′il faut d′ores et déjà penser aux lendemains plus normaux, lorsque l′ordre de Maastricht triomphera enfin et que chacun sera rentré dans le rang, après les excès de ces deux dernières années. Aussi négocie-t-elle pied à pied ce retour à l′ordre du 3 % maxi : dès 2013, et pas en 2015 comme le prévoit désormaisla France. Tandis que, côté français, on mobilise tous les « crânes d′œuf » de Bercy afin de trouver des astuces pourque la dépense publique financée par l′emprunt national ne rentre pas dans le déficit au sens défini par le traité de Maastricht.
Il faut reconnaître que, sur le fond, la consigne visant à éliminer tout déficit public sur le long terme n′est pas déraisonnable. Un pays ne peutguère se permettre de vivre perpétuellement à crédit : non seulement cela finirait par lui coûter cher − sauf à éliminer ou alléger le poids de la dette par un coup d′inflation : après tout, pourquoi pas ? −, mais cela reviendrait aussi à dénaturer les politiques keynésiennes elles-mêmes. Car ces dernières reposent sur l′idée que l′Etat, par sa dépense, a un rôle central à jouer, mais qu′il s′agit d′unrôle conjoncturel, celui de gonfler la « demande effective » lorsque le marché tend à la fixer à un niveau insuffisant pour atteindre le plein-emploi. Il ne s′agit pas d′un rôle structurel, de type permanent, comme si l′économie ne pouvait fonctionner qu′à coups de gonflettes publiques. Se refaire des forces, reconstituer la « force de frappe budgétaire » pendant les périodes de vaches grassespour pouvoir l′utiliser à plein lorsque les périodes de vaches maigres se profilent, ce n′est pas idiot, et l′on voit combien la France, faute d′avoir usé de ce précepte sage, s′est trouvée démunie lorsque la crise fut venue ...
D′un autre côté, reconnaissons aussi qu′il y a dans l′obsession bruxelloise du déficit un refrain conservateur, voire réactionnaire, à la Pinay si l′on veut, quelque...
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