Crise

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De la crise financière à la crise économique : une analyse comparative France – Etats-Unis

Christophe Blot, Sabine Le Bayon, Matthieu Lemoine et Sandrine Levasseur OFCE

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Introduction
La crise financière, qui a éclaté en 2007 et se prolonge depuis, a sérieusement assombri les perspectives d’emploi et de croissance. La France n’échappera probablement pas à la récessionen 2009. Déjà, la situation s’est dégradée sur le front de l’emploi. Entre décembre 2007 et 2008, le nombre d’inscrits à l’ANPE a augmenté de 217 000 personnes. La production industrielle enregistre également une chute prononcée ; le dernier chiffre de novembre faisant apparaître une baisse de plus de 9 % en rythme annuel. Si dès le départ, on pouvait anticiper des répercussions réelles de la crisefinancière, l’ampleur et les mécanismes précis de la transmission restent à mesurer. L’objectif de cet article est de proposer une première évaluation des effets de la crise financière sur la France en prenant également les Etats-Unis comme point de comparaison. La référence américaine est d’autant plus pertinente que c’est outre-Atlantique que la crise financière a éclaté et qu’elle prend toutesa dimension : crise immobilière, crise bancaire et crise boursière.
1 De nombreuses tentatives d’évaluation du coût des crises bancaires et financières ont

été menées. Il s’agit systématiquement d’évaluations réalisées ex-post. De fait, l’issue de la crise étant encore hautement incertaine, nous ne pouvons prétendre en mesurer tous les effets. Simplement, notre ambition est d’aller au-delà del’analyse consistant à prendre en référence la dégradation observée du PIB dans quelques crises majeures2 pour inférer les risques et l’ampleur de la récession. Nous excluons dès lors le recours aux méthodes purement statistiques qui évaluent le coût de la crise à partir des différences de niveaux ou de taux de

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Voir Hoggarth et Saporta (2001) pour une revue de littérature. Voir Reinhartet Rogoff (2008).

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croissance du PIB entre une période de référence pré-crise et la période de crise3. Ces approches se heurtent à des problèmes de mesure assez épineux. Premièrement, il faut définir précisément la durée de la crise. Ensuite, le coût dépend non seulement du type de mesure retenu (taux ou niveau de la croissance) mais aussi du calcul d’une croissance de référence. Biensouvent, on retient le taux de croissance moyen sur les 3 ou 5 années précédentes. Ce type de calcul fournit des éléments d’appréciation intéressants et surtout il permet d’établir des comparaisons entre différentes crises sur la base d’un critère commun4. D’autres approches consistent à dater précisément la crise et à tester l’impact de l’occurrence d’une crise sur le PIB dans des régressions enpanel où la crise est représentée par des indicatrices (Demirgüc-Kunt, Detragiache et Gupta en 2000 ou Barrell, Davis et Pomerantz, 2006). Malgré l’introduction de variables macroéconomiques de contrôle, cette approche ne prend pas en compte la nature particulière du choc propre à chaque pays sur les variables financières (taux d’intérêt, cours boursiers ou variables de crédits). Dans l’ensemble, cesévaluations reposent donc sur des hypothèses ad-hoc. Surtout, elles ne s’appuient pas sur les mécanismes de transmission des chocs et peinent à rendre compte des causalités structurelles.

Une approche alternative et rigoureuse reposerait sur l’estimation d’équations structurelles à partir d’un modèle macroéconométrique. Malheureusement, si les mécanismes théoriques de transmission des chocs,rappelés dans une première partie, sont clairement identifiés, il reste que les analyses empiriques peinent à les mettre clairement et précisément en évidence. C’est en particulier le cas des effets de richesse et d’amplification financière. Pour ces derniers, les études basées sur des panels de banques ou d’entreprises donnent des résultats probants5 mais ces effets sont ensuite faiblement...