Critique de ciels de wajdi mouawad

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  • Publié le : 23 novembre 2009
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CIELS

Wajdi Mouawad, auteur et metteur en scène de « Ciels » a créé ce spectacle pour le festival d’Avignon 2009, ainsi que pour clôturer son quatuor du « Sang des promesses ». L’histoire repose sur quatre personnages, enfermés dans une cellule de l’antenne francophone et chargés de décrypter des centaines de messages afin d’empêcher un attentat à hauteur mondiale. Dans cette pièce, onretrouve des thèmes typiques à l’écriture de Mouawad, qui permettent un lien avec la Trilogie : la mort, autant que la (re)naissance, les relations père/fils, l’amour, la politique, la peinture… Si bien que le spectateur qui « connaît » Wajdi appréhende peut-être la façon dont la pièce va se dérouler, la façon dont les mots vont le chambouler. Celui qui découvre, lui, va peut-être plutôt se poser desquestions sur le dispositif qui peut lui paraître … étrangement original.
Effectivement, dans « Ciels », on remarque une scénographie bien particulière, qui vient un peu bousculer les habitudes du public. Mouawad a pris la décision de créer un espace en forme de cube, où il enfermerait tout le monde : acteurs, personnages, spectateurs. Les réactions à cette espace sont différentes en fonction desgens, du moments mais ce qui est sûr c’est que dans ce cube, dans cette impression de confinement, le public est plus disponible. Une certaine intimité s’installe entre tous. Les sièges, peu confortables, sans dossier, empêchent aussi le spectateur de devenir « passif » dans le sens où il ne peut pas s’avachir dans son fauteuil en attendant que cela se passe. Non, ici, il est obligé de se tenirassis et éveillé, ce qui le force un peu à s’intéresser et à écouter. C’est peut être aussi un autre lien avec la Trilogie qu’a pu trouver Mouawad. Comme si il voulait que chacun de ses spectacles deviennent une expérience humaine vécue entre réels et fictifs, où les rôles se mélangent, se superposent, se confondent. Comme, par exemple, celui du public dans « Ciels ». Représente-t-il les statuts ?Des témoins ? Des terroristes ? Les victimes ? ou sa fonction habituelle ? Bref, un dispositif qui résume le parti-pris de l’auteur, qui résume cette envie qu’il a de bouleverser les humains et le Théâtre.
Mais, heureusement, il n’y a pas que les tabourets qui rendent le spectateur attentif. L’intrigue, tout d’abord, est très actuelle. Le public se sent donc concerné. Ensuite, il y a comme unsuspens, des devinettes, un cheminement, une quête qui créent le fil conducteur même si l’intérêt de la pièce, encore une fois, ne réside pas dans cette histoire. Comment expliquer le fait que l’on se doute de la fin, mais qu’elle réussit à nous étonner ? Peut-être par le poids et la puissance des mots que Wajdi réussit parfaitement à allier. Le pouvoir de son écriture qui nous émeut de toutes lesfaçons, qui nous coupe le souffle et nous parle, comme si chaque idée nous ramenait à un souvenir, à notre vécu.
La scénographie, encore une fois, donne aussi une couleur et une force supplémentaires à ce que Wajdi veut exprimer. L’espace de jeu se situe partout : les côtés, la base, les parois du cube sont utilisées et grâce aux tabourets pivotants, le public dispose d’une vision à 360°. De cettefaçon, plusieurs univers ont pu être attribué aux différents personnages, ce qui complète leurs caractère. Chacun ayant « son » espace, on en apprend plus sur lui. On entre dans son intimité, dans sa vie.
En mêlant à cela la vidéo, des voix, et la lumière chaque moment prend une tournure différente. Par exemple, le public peut se retrouver plonger dans le noir, mais au cœur des bombardements.Tout comme il peut se retrouver au milieu d’une réunion politique, entre des terroristes. Il y a comme un voyage qui se déroule géographiquement, mais aussi psychologiquement puisque l’on passe d’un esprit à l’autre, ne sachant toujours quel place est attribué au spectateur. Ce qui est surtout intéressant dans cette pièce, c’est que tout reste cohérent. Ici, il n’est pas question d’impressionner...
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