Critiques malade imaginaire

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  • Publié le : 27 septembre 2010
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Le Malade imaginaire, comédie-ballet en trois actes et en prose, représentée pour la première fois le 10 février 1673, au Palais-Royal, avec une musique de Marc-Antoine Charpentier, le rival de Lully, a sans doute été créé pour la cour, comme le laisse penser son prologue. Mais le roi ne le verra que l'année suivante, à Versailles, après la mort de son créateur.

Cette comédie plénière, souventconsidérée comme l'une des pièces les plus riches et des plus profondes de Molière, constitue sans aucun doute une somme de son théâtre, et cela en raison de sa thématique (réflexion sur la mort, dénonciation de l'imposture et satire de la médecine), de la présence d’un héros paradoxal (un malade sain) faisant le malheur des siens et obstiné comme ses prédecesseurs dans son obsession, de lavirulente satire de certains groupes sociaux, de la présence du courant toujours vivant de la farce, et de cette fantasmagorie propre aux comédies-ballets, qui, entraîne personnages et public dans l'ivresse du chant et de la danse.

L’idée centrale appartient en propre à Molière, lui qui médite depuis toujours sur l’imposture médicale. On sait aujourd’hui, grâce aux magistrales études de PatrickDandrey*, qu’il dispose d'une solide culture médicale, grâce à ses propres lectures, ainsi peut-être qu’à ses relations avec des amis comme Jean Armand de Mauvillain et François Bernier; de sorte que son approche comique de la médecine est fondée sur une information non seulement riche mais maîtrisée. En outre, toujours selon Patrick Dandrey*, Molière a, dans Le Malade imaginaire, une intuitionétonnante pour son temps, celle de la spécificité de la vie psychique: le poète y entrevoit ce qu'on nommerait aujourd'hui une névrose obsessionnelle. Et le hasard fait que sa peinture recoupe la réflexion contemporaine d'un médecin anglais, Thomas Sydenham, qui conçoit une nouvelle doctrine pathologique de l'hystérie. Le fait que l'intuition du poète rejoigne la recherche du médecin témoigne del'extraordinaire profondeur du regard que Molière jette sur son temps, puisqu'il pressent l'effondrement des savoirs anthropologiques anciens et l'émergence de perspectives modernes.

Si le cœur du sujet est parfaitement original, ses thèmes secondaires sont en revanche empruntés à la tradition, de sorte qu’il est difficile d’en identifier les sources: la fausse mort pour savoir la vérité dessentiments, la marâtre qui cherche à détourner la fortune de son mari et à spolier ses enfants, le quiproquo sur l’identité du futur époux de la jeune fille, le déguisement de l’amant en maître de musique, tout cela n’est pas neuf. Enfin, quelques passages épars trahissent diverses réminiscences, ainsi, dans Les Nuées d’Aristophane, le monologue de Strepsiade faisant ses comptes avec un commentaire à chaqueopération, qui a pu inspirer celui d’Argan au début de la pièce, comme l’a signalé dès le XVIIIe siècle le père Brumoy*.

Le Malade imaginaire jouit d'un ton parfaitement ambigu, qui en autorise une double lecture. C'est assurément une pièce grave, en premier lieu en raison de sa thématique, puisque la mort y est présente partout. «C'est avec elle que tout se joue, écrit André Gide*; l'on sejoue d'elle; on la fait entrer dans la danse [...]; on la sent qui rode.» Il n'est pas de personnage qui ne l'évoque à un moment ou à un autre: qu'Argan, Béline, les Diafoirus ou le Notaire en parlent, cela n'est guère surprenant. Mais que Toinette, Angélique et la petite Louison (Resp., III, 10, II, 6 et II, 8) même y fassent allusion, voilà qui surprend davantage. Outre ce thème de la mort,l'hypocrisie des notaires, présentés ici comme des casuistes du droit, et surtout l'imposture médicale font l'objet d'une âpre dénonciation. Les attaques contre les médecins relèvent, on le sait, de l'ancienne tradition de la farce et de la Commedia dell'Arte; en témoigne le simple choix de leurs noms odorants: Purgon, Diafoirus, Fleurant. Que le poète les accuse d'obscurantisme, de conservatisme*,...
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