Croire en la science est-ce une forme de religion ?

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  • Publié le : 12 décembre 2010
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De nos jours, et dans l’état actuel des choses, lorsque l’on veut envisager la question de la relation entre la science et la religion, on peut sentir une crispation dans la réaction de l’opinion commune ; cela apparait comme un sujet scabreux, épineux, où l’opposition semble être consommée : l’esprit doxatique voit en les sciences et les religions deux entités contraires, opposées. En effet,comment, au premier abord, ne pas considérer comme systèmes inverses de pensée deux cosmologies dont l’une passe par la Raison et la preuve et l’autre par Dieu et la transcendance ? Et certes, a priori, lesdits deux systèmes de pensée semblent bien distincts, l’un et l’autre. Mais il est aussi vrai que l’idée toute scientifique de la preuve et de la raison ne peuvent suffire à une telle dissociation; l’importance de l’imagination et de la création, l’impossibilité parfois dans certains domaines scientifiques de pouvoir asseoir une théorie dans la pratique, ces « faiblesses » de la différence marquée viennent ébranler quelque peu la limite. Si bien que de science et de religion peut-on en faire un clivage aussi radical ? Parfois, croire en la science, n’est-ce pas religieux, n’est-ce-pas uneforme de religion ?
Nous tenterons tout d’abord de montrer dans le premier volet de notre étude en quoi science et religion diffèrent à la fois dans la pratique que dans leurs origines. Ensuite, nous nous efforcerons de montrer quelles seraient les limites de ce clivage bien fragile, et, enfin, nous tenterons de conclure en imaginant une réconciliation possible entre fait religieux et véritéscientifique.

Avant tout, arrêtons quelques instants pour éclaircir et préciser les termes, car nous verrons que la formulation de la question peut recouvrir plusieurs sens. On peut supposer que la problématique entende par « religion » l’idée de religion au sens universel, avec ce qu’elle entraine de sacré, de transcendance et de divin. De même, on peut comprendre aisément par « science »l’idée de science également au sens universel, avec également ce que cela entraine de recherche, de désir d’objectivité et de nécessité de la preuve. Oui, tout cela est entendu. Mais c’est le terme « croire » qui reste bien plus mystérieux et plus obscur de sens, ici. En effet, comment doit-on comprendre croire dans la phrase ? Une maxime républicaine française dit que mieux vaut savoir que croire.Est-ce ici le sens qu’il recouvre, quelque chose qui irait à l’encontre du savoir, et même qui serait le contraire de « savoir » ? Le philosophe français Alain dit à propos de la religion qu’elle est : « volontaire, sans preuve, et même contre les preuves. » Ainsi, « croire » est ici l’idée de l’assimilation d’un fait sans preuve.
Or, nous sommes là devant un problème essenciel : car si, comme ledit, Alain la religion n’a pas besoin de preuve, il n’en va pas de même pour la science. En effet, ce qui distingue profondément la science de la religion, c’est l’incrédulité : tu me dis que la terre est ronde, alors donne m’en la preuve. Dans ce but, le scientifique a à sa disposition des procédés cohérents et raisonnables, comme la démonstration , où le résultat d’une expérience débouche surl’explication d’un phénomène ; la déduction, où une suite de faits amène vers une conclusion ; ou encore l’induction, dont le principe est de tirer une loi à partir d’un ensemble de faits remarquables dans le monde sensible : je vois plusieurs animaux avec un bec, des ailes, un plumage, j’en induis donc qu’ils sont tous des oiseaux. Ce qui vient d’être tout juste exposé montre bien que l’origine mêmede la science et de la religion tend à une séparation distincte. On pourrait opposer à cette vision le fait que, lors de nombreuses occurrences, la science malgré les preuves, se fut trompée. Pour répondre à cela, il faut préciser qu’il peut y avoir une différence capitale entre se tromper de bonne foi, c’est-à-dire avoir fait une erreur, et se mystifier dans l’erreur, qui résulte d’un...
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