Croire estce renoncer à l'usage de la raison ?

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  • Publié le : 21 mars 2011
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Croire, est-ce renoncer à l’usage de la raison ?

Introduction

Lorsque Pascal écrit que « le cœur a ses raisons que la raison ignore », ne veut-il pas signifier que la raison est limitée, inopérante en ce qui concerne les « vérités du cœur », objets de croyance et non de savoir ? Dès lors, croire, est-ce renoncer à l’usage de la raison ? La raison, faculté critique et justificatrice, semblecontraire à la croyance qui suppose une adhésion directe, dénuée de remise en cause. La croyance s’oppose-t-elle radicalement à la raison, peut-elle s’installer contre ce que la raison considère comme vrai ou bon ? Ou bien peut-on considérer que le « renoncement » à l’usage de la raison n’exclut pas les fondements rationnels de la croyance ?

I. La croyance manifeste une absence de savoir

A.La croyance précède-t-elle l’usage de la raison ?

Les enfants sont parmi les plus enclins à la croyance. S’ils sont si crédules, c’est peut-être que leur esprit critique n’est encore qu’en germe, voué à devenir effectif par le biais de l’éducation. La croyance précède alors l’usage de la raison, mais ne suppose pas qu’on y renonce : on ne renonce qu’à ce que l’on possède déjà. Ainsi, dans lesMéditations métaphysiques, Descartes entreprend de sortir de la croyance pour fonder un savoir issu de sa raison : « Sitôt que l’âge me permit de sortir de la sujétion de mes précepteurs, (…) j’apprenais à ne rien croire trop fermement » afin de « me défaire des opinions reçues jusqu’alors en ma créance » ? La croyance ne renonce pas à l’usage de la raison, mais le précède.
Cependant, un êtrecapable de raisonner peut croire. Comme le souligne Hobbes, « la plupart des gens, bien qu’ils aient quelque peu l’usage du raisonnement, (…) n’en font pourtant que peu d’usage dans la vie courante ». La croyance guide nos actions, certes, mais cela, signifie-t-il pour autant qu’elle refuse de recourir à la raison ?

B. Les croyances provisoires

Certaines croyances n’impliquent pas un renoncementà l’usage de la raison, mais une mise en parenthèse provisoire de l’affirmation certaine. Croire, c’est se positionner subjectivement, et il vaut mieux parfois croire que de ne rien penser du tout. Si, par exemple, on croit qu’il va pleuvoir, on peut adopter un comportement adéquat en prenant un parapluie. Même si notre croyance se révèle fausse, nous aurons agi de manière raisonnable. Croire,c’est manquer de connaissance certaine, mais ce n’est pas renoncer à une attitude raisonnable. Descartes, quand il s’engage dans les Méditations, s’autorise une morale provisoire : la morale doit se déduire d’un savoir déjà constitué, ce qui suppose une recherche préalable des principes métaphysiques et physiques qui pourront la fonder. Avant l’instauration de ces principes, il faut se munir de règlesde prudence non certaines, mais vraisemblables, croyance relativement raisonnable, mais non encore fondée en raison.

C. La mise sous tutelle des hommes due au renoncement à l’usage de la raison

Si la croyance est parfois nécessaire, lorsqu’elle s’apparente aux superstitions ou aux rumeurs, apanage de l’opinion, elle est plus novice que bienfaitrice. Elle manifeste une absence de raisonnement,d’esprit critique, de lucidité. Si l’on croit, c’est souvent parce que l’on n’a pas soi-même réfléchi à l’idée, qu’on adhère aux préjugés en toute confiance. Tel est le cas du « mineur » que décrit Kant dans Réponse à la question : qu’est-ce que les Lumières ? Soumis aux tuteurs qui pensent pour lui, le mineur renonce à l’usage de sa raison par peur et par lâcheté. Ce renoncement estcritiquable : il est une soumission. Si la liberté humaine est inaliénable, l’homme se perd lui-même dans un tel état de tutelle. D’où l’appel de Kant : « Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise des Lumières. » Mais cela signifie-t-il que toute croyance doive être abolie au nom de la supériorité de la raison ?

II. La foi exclut-elle l’usage de la raison ?

A. Il faut...