Croissance et finance

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 52 (12823 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 31 décembre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Systèmes financiers et croissance
-------------Toute réflexion sur le lien entre finance et croissance butte sur trois difficultés majeures. La première consiste à définir et mesurer le « développement financier ». La seconde consiste à démêler l’écheveau des causalités évidemment croisées entre le développement des systèmes financiers et la croissance. La troisième a trait à la définition depolitiques publiques adaptées, susceptibles de trouver un équilibre satisfaisant entre les imperfections des marchés, qui peuvent se traduire par des crises extrêmement graves, et les coûts de politiques réglementaires inadaptées, mais aussi de guider le développement financier pour en maximiser l'impact sur la croissance à long terme. Sur ces trois points, d’importants progrès ont été réalisés dansles vingt dernières années, mais d’importantes questions demeurent. Jusqu’aux années 90, ce thème était en fait relativement négligé dans la réflexion économique dominante. Les liens entre l’économie réelle et l’économie financière étaient peu étudiés. Les théories de la croissance ne faisaient aucune place au rôle du secteur financier. Il fallait remonter à Schumpeter pour trouver une analysesubstantielle du rôle du crédit. Schumpeter considérait en effet que l’entrepreneur et le banquier représentaient les deux acteurs complémentaires du processus d’innovation. Après lui, les travaux se sont plutôt concentrés sur le rôle de l’entrepreneur. La littérature économique sur les systèmes financiers connaît un certain renouveau dans la seconde moitié du 20ème siècle, notamment avec lestravaux de Gurley et Shaw [1955] qui identifient une relation significative entre les intermédiaires financiers et la croissance. Goldsmith [1969] consacre une étude importante au rôle de la structure financière dans le développement. Puis McKinnon [1973] et Shaw [1973] soulignent l’effet négatif de la répression financière (plafonnement des taux d’intérêt, politique d'allocation sélective du crédit,protectionnisme financier) qui réduit la formation de capital, biaise les choix techniques au détriment des activités intensives en main d’œuvre et conduit à des investissements intensifs en capital et de piètre qualité. Le renouveau théorique des années 80 et 90, notamment nourri par la modélisation de la croissance endogène, permet de préciser la relation entre le développement financier et lacroissance et d’en approfondir la compréhension. Dans ce chapitre, qui traite essentiellement du financement de l'économie, à l'exclusion des instruments d'assurance, qui fournissent également des services financiers fondamentaux pour la croissance, nous dressons tout d’abord un bilan rapide de la littérature (I), avant d’analyser plus en détail le rôle de la structure du système financier,c’est-à-dire de la place respective des marchés et des intermédiaires financiers (II), puis d’étudier les facteurs déterminants du développement financiers en débouchant sur la situation particulière des pays pauvres (III). La section IV conclut.

I - Finance et croissance : une synthèse1
1 - Un tour d’horizon théorique

1

Cette section s’appuie largement sur le tour d’horizon complet de lalittérature théorique et empirique proposé par Levine [2005]. 1

Pagano [1993] identifie trois canaux de transmission entre le développement financier et la croissance à long terme : un accroissement de la proportion de l’épargne transmise au financement de l’investissement, par la baisse des coûts de transaction impliqués dans la collecte de l’épargne et dans son allocation à l’investissement, quis’interprètent comme la perte d’une partie de l’épargne dans le processus d’intermédiation ; un accroissement de la productivité marginale sociale du capital, car un système financier performant alloue l’épargne vers les projets les plus rentables ; un effet ambigu, bien connu et documenté dans la littérature, sur le taux d’épargne privé. D’un côté, le développement d’instruments d’épargne fiables...
tracking img