Culture

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  • Publié le : 11 septembre 2010
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Comment donner un avenir aux festivals ?
Par Bernard Faivre-d'Arcier

J’ai connu les festivals sous plusieurs angles : comme spectateur, comme directeur, comme représentant de la tutelle et j’appartiens à une « génération festival » qui a pris naissance dans le Sud de la France dans une ferveur et un tumulte devenus légendaires.

Depuis, la formule a fait flores au point que le mot en estdevenu d’un usage banal, trop banal.

Je souhaite cerner l’avenir des festivals sous quatre angles.
- la notion –même de festival
- l’utilité sociale et artistique des festivals
- le lien entre un festival et ses publics
- la relation entre festival et collectivité territoriale

A – La notion même de festival

Même si on donne parfois au mot de festival une origineancienne, la notion même de festival est relativement récente. Elle va de pair avec la civilisation des loisirs, les grandes migrations estivales, l’expansion des médias. Je ne pense pas, pour Avignon par exemple, que Jean Vilar (ou plus exactement les Zervos qui furent à l’origine, avec René Char, de l’idée avignonnaise) ait jamais imaginé le succès et surtout l’extension géographique du phénomènefestivalier. Dans l’esprit de Jean Vilar, le festival était un moyen de plus pour regrouper un public jeune et lui faire partager les valeurs esthétiques et morales qu’il entendait promouvoir mais ce n’était qu’un moyen parmi d’autres. L’essentiel pour Vilar était le travail mené au sein du TNP et ses tournées, qu’elles soient estivales ou non.

Mais, il s’est avéré qu’au lendemain de la secondeguerre mondiale, et dans l’esprit rénovateur que les milieux culturels de la Résistance entendaient faire partager, les festivals sont nés au même moment et dans plusieurs pays. Aix-en-Provence est né un an seulement après Avignon et Edimbourg a le même âge qu’Avignon. C’est pourquoi on peut parler d’un phénomène à la fois social et historique qui correspondait à l’esprit du temps,qui était et resteconsubstantiel à la société de loisirs et de communication qui est la nôtre.

Depuis, les festivals n’ont cessé de se multiplier au point qu’on ne sait plus les dénombrer. Aux dernières statistiques, on chiffrait le nombre de festivals en Europe de l’Ouest à 3 000. Mais on en annonce toujours plus comme s’il s’agissait de la multiplication de petits pains bénits pour le tourisme et l’économielocale. La Hongrie, par exemple, affiche délibérément l’objectif d’un bon millier de manifestations que les autorités locales baptisent allègrement « festivals ».

Le festival est-il soluble dans le tourisme ? N’y a-t-il point trop de festivals ? Le public n’est-il pas épuisé par le concept de festival ? À l’évidence il y a une saturation de ce qui est devenu plus une formule qu’un état d’esprit.Certains statisticiens en viennent à classer les festivals selon les catégories les plus diverses : la taille, la date, la discipline etc.… L’Europe fait étalage d’un nombre insensé de manifestations de tous ordres.

En France, on souhaiterait ne réserver le terme de festival qu’aux manifestations tournées vers la création et notamment la création internationale. Car le vrai rôle d’un festival estd’aider les artistes à oser,à entreprendre des projets, des actions qu’ils n’auraient peut-être pas l’occasion de présenter dans le cadre d’institutions permanentes. Cependant, on ne peut laisser le label magique aux seuls festivals de création, lesquels restent d’ailleurs fort peu nombreux. Il faut bien reconnaître que les festivals continuent à jouer un grand rôle dans la diffusion des œuvreselles-mêmes et que c’est là un point positif.

On sait que la France essaie de retrouver un certain équilibre entre production et diffusion dans le domaine du spectacle vivant. Une très forte augmentation de l’offre des spectacles, voire une surproduction, a produit un encombrement des circuits de diffusion, une saturation de la communication, voire une certaine fatigue du public. On le sait,...
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