Cyrano

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  • Publié le : 8 mai 2011
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UNE REPRÉSENTATION À L’HOTEL DE BOURGOGNE

La salle de l’Hôtel de Bourgogne, en 1640. Sorte de hangar de jeu de paume aménagé et embelli pour des représentations.

La salle est un carré long ; on la voit en biais, de sorte qu’un de ses côtés forme le fond qui part du premier plan, à droite, et va au dernierplan, à gauche, faire angle avec la scène qu’on aperçoit en pan coupé.

Cette scène est encombrée, des deux côtés, le long des coulisses, par des banquettes. Le rideau est formé par deux tapisseries qui peuvent s’écarter. Au-dessus du manteau d’Arlequin, les armes royales. On descend de l’estrade dans la salle par de longues marches. De chaque côté de ces marches, la place des violons. Rampe dechandelles.

Deux rangs superposés de galeries latérales : le rang supérieur est divisé en loges. Pas de sièges au parterre, qui est la scène même du théâtre ; au fond de ce parterre, c’est-à-dire à droite, premier plan, quelques bancs formant gradins et, sous un escalier qui monte vers des places supérieures et dont on ne voit que le départ, une sorte de buffet orné de petits lustres, de vasesfleuris, de verres de cristal, d’assiettes de gâteaux, de flacons, etc.

Au fond, au milieu, sous la galerie de loges, l’entrée du théâtre. Grande porte qui s’entrebâille pour laisser passer les spectateurs. Sur les battants de cette porte, ainsi que dans plusieurs coins et au-dessus du buffet, des affiches rouges sur lesquelles on lit : La Clorise.

Au lever du rideau, la salle est dans unedemi-obscurité, vide encore. Les lustres sont baissés au milieu du parterre, attendant d’être allumés.

Scène 1Le Public, qui arrive peu à peu. Cavaliers, Bourgeois, Laquais, Pages, Tire-laine, Le Portier, etc., puis les Marquis, CUIGY, BRISSAILLE, La Distributrice, les Violons, etc.

(On entend derrière la porte un tumulte de voix, puis un cavalier entre brusquement.)

LE PORTIER, lepoursuivant.
Holà ! vos quinze sols !

LE CAVALIER.
J’entre gratis !

LE PORTIER.
Pourquoi ?

LE CAVALIER.
Je suis chevau-léger de la maison du Roi !

LE PORTIER, à un autre cavalier qui vient d’entrer.
Vous ?

DEUXIÈME CAVALIER.
Je ne paye pas !

LE PORTIER.
Mais…

DEUXIÈME CAVALIER.Je suis mousquetaire.

PREMIER CAVALIER, au deuxième.
On ne commence qu’à deux heures. Le parterre
Est vide. Exerçons-nous au fleuret.
(Ils font des armes avec des fleurets qu’ils ont apportés.)

UN LAQUAIS, entrant.
Pst… Flanquin…

UN AUTRE, déjà arrivé.
Champagne ?…

LE PREMIER, lui montrant des jeux qu’il sort de sonpourpoint.
Cartes. Dés.
(Il s’assied par terre.)
Jouons.
LE DEUXIÈME, même jeu.
Oui, mon coquin.

PREMIER LAQUAIS, tirant de sa poche un bout de chandelle qu’il allume et colle par terre.
J’ai soustrait à mon maître un peu de luminaire.

UN GARDE, à une bouquetière qui s’avance.
C’est gentil de venir avant que l’onéclaire !…
(Il lui prend la taille.)

UN DES BRETTEURS, recevant un coup de fleuret.
Touche !

UN DES JOUEURS.
Trèfle !

LE GARDE, poursuivant la fille
Un baiser !

LA BOUQUETIÈRE, se dégageant.
On voit !…

LE GARDE, l’entraînant dans les coins sombres.
Pas de danger !

UN HOMME, s’asseyant parterre avec d’autres porteurs de provisions de bouche.
Lorsqu’on vient en avance, on est bien pour manger.

UN BOURGEOIS, conduisant son fils.
Plaçons-nous là, mon fils.

UN JOUEUR.
Brelan d’as !

UN HOMME, tirant une bouteille de sous son manteau et s’asseyant aussi
Un ivrogne
Doit boire son bourgogne…
(Il boit)...
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