Définition de la comédie classique

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  • Publié le : 6 janvier 2011
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Définition de la comédie classique
a. contexte historique et sources de la comédie classique
La définition de la comédie n’est pas unique : elle varie d’un auteur à l’autre et soulève d’emblée un certain nombre de difficultés. Cette absence de définition uniforme est liée à son histoire et au statut même de la comédie chez les théoriciens classiques.
On distinguehabituellement trois périodes au dix-septième siècle.
De 1590 à 1623, c’est une période relativement faste pour le théâtre et le genre comique en particulier : la fin des guerres de religion, le renouveau de la création, une plus grande liberté sociale et politique laissent libre cours à un théâtre relativement varié, avec en tout cas très peu de règles, et une place importante donné au théâtre defoire, itinérant  dans lequel Molière s’illustrera. Deux genres sont alors privilégiés : la pastorale (ou la tragi-comédie) et la farce, au détriment de la tragédie et la comédie telles que la proposaient les humanistes et qui, nous le verrons, ont largement influencé la comédie classique. Ce qui enchante les spectateurs correspond à tout ce que réprouvera l’esthétique classique : des décors avec demultiples compartiments, la magie, beaucoup de bruit, des viols, des suicides, des meurtres, le sang gicle…[1].
La farce nous intéresse plus particulièrement, puisque Molière se souviendra de cet univers jusque dans ses dernières comédies ( Les Fourberies de Scapin par exemple). Elle souligne par son étymologie deux éléments qu’on associera souvent dans les critiques contre la comédie classique.La farce comme le pastiche tireraient leur origine de l’univers alimentaire. La farce est un hachis (on farcit un poulet) et met en évidence son lien avec le corps par opposition à l’âme dont s’occupe la tragédie : la farce fait référence au bas corporel, à la nourriture et multiplie les obscénités sexuelles. Toute licence et lascivie y était admise[2]. Le rire qu’elle déclenche relâche précisémentle corps du spectateur. Cet univers purement corporel est lui-même composé d’un hachis qui souligne par sa nature son refus absolu de toute règle et son goût pour le mélange des tons.
A ce lien constant avec le corps, la seconde étymologie du mot farce ajoute un lien tout aussi dangereux aux yeux des théoriciens humanistes et classiques : la farce désigne une illusion, une tromperie (on farcitla tête de quelqu’un de fausses idées). La vérité que mettent en avant les humanistes, et la vraisemblance des classiques, s’opposent ainsi clairement à l’univers de la farce. La ruse et la tromperie sont présentes à tous les niveaux : personnages menteurs, équivoques dans les discours, infidélité amoureuse, trahison sociale et invraisemblance des lieux et de la temporalité. Généralement, letrompeur et le trompé sont tout aussi mensongers : telle femme souhaitant prouver l’infidélité de son mari, le piège en engageant un faux confesseur. Ce faux confesseur, une voisine, persuade le mari qu’il est gravement malade. Le mari avoue son infidélité avec la fille de cette même voisine. La voisine et la femme voient leur ruse se retourner contre elles.
Cette ruse omniprésente et immorale etcette obsession du corps coïncident avec les critiques qu’on adressera à Molière : ainsi on lui reprochera telle allusion obscène dans l’Ecole des femmes (voir la querelle plus bas) et un usage scatologique du langage à la turc de son Bourgeois (voir la série des cacaracamouchen, IV, 3 p. 174). On dénoncera à plusieurs reprises cette scurrilité (bouffonnerie) de Molière ( de Donneau de Visé àBoileau, dans son Art poétique).
Le cas de Tartuffe est exemplaire de cette réappropriation par Molière de la farce. Le personnage principal est emprunté à l’univers de la farce, le nom de Tartuffe fait référence au corps : étymologiquement, il désigne tantôt une tumeur, une excroissance qui ne cesse de grossir pendant cinq actes (la farce est plus courte), un parasite[3] qui veut tout manger ( la...
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