Déficit budgétaire et dette publique

La question du déficit budgétaire et de la maîtrise de l’endettement public est au cœur des débats actuellement en Europe, face aux difficultés de certains Etats, parmi lesquels la France et l’Allemagne, à satisfaire aux critères du PSC. La tendance à la dégradation du déficit budgétaire à l’échelle européenne, si elle est préoccupante, mérite néanmoins d’être relativisée.

En effet, le déficitde la zone euro s'élève à 2,7% du PIB et est aujourd'hui, le plus faible de ceux des grands pays de l'OCDE (4,8 % du PIB pour les Etats-Unis, 3,2 % pour le Royaume-Uni), qui ont pourtant connu une croissance supérieure en 2003 (3,1 % aux Etats-Unis, 2,3 % en Grande-Bretagne).

L’existence d’un déficit budgétaire, n’est pas mauvaise intrinsèquement et peut être utile momentanément, dans uneoptique keynésienne, pour stimuler la croissance et l'emploi dans une économie en récession. Ainsi, en dépit des critiques libérales qui insistent sur les effets néfastes de l'accroissement de la dette, la régulation conjoncturelle continue d’occuper une place importante dans l’affectation des ressources budgétaires. L’efficacité de l'arme budgétaire est par ailleurs conditionnée par sa crédibilité,laquelle repose en partie sur sa soutenabilité dans la durée ; c'est l'enjeu de la maîtrise de la dette publique.

On ne peut donc envisager l'analyse du déficit budgétaire, outil de régulation conjoncturelle à court terme, en dehors d’une perspective de long terme, qui est celle de la variation de l'endettement public. Cette évolution est en effet porteuse d'effets décisifs pour la croissancepérenne de l'économie, ce qui contribue à faire de la maîtrise de la dette publique et du déficit budgétaire un enjeu majeur des politiques économiques actuelles;

I.Le lien entre déficit budgétaire, dette publique et activité économique

1.Les différences entre dette publique et déficit budgétaire

Le déficit budgétaire est la situation dans laquelle les recettes du budget del'État (nettes des transferts) sont inférieures à ses dépenses
. Il s'agit donc d'un solde négatif. On notera que le déficit budgétaire se différencie du déficit public, car il n'englobe pas le solde des recettes et des dépenses des collectivités locales et de la Sécurité Sociale.

Pour financer son déficit, l'État a recours à l’emprunt. La dette de l'État se définit comme l'ensemble des empruntseffectués par l'État et résulte de l'accumulation des déficits. Le flux du déficit budgétaire vient alimenter l'encours de dette (stock), qui en retour agit sur le niveau de déficit par l'augmentation des intérêts versés, qui sont une charge (dépense) budgétaire (15 % des dépenses budgétaires de la France en 2000).

2.Contrainte budgétaire de l'Etat et effets sur la production

La variation de ladette publique est égale au déficit de l'année en cours, lequel se décompose comme la somme du déficit primaire de l'année (G –T) et de la charge d'intérêts dus sur l'encours de la dette (B) à la fin de l'année précédente. Soit, avec r le taux d’intérêt réel :

B t – B t-1 = r B t-1 + (G t – T t) ->
B t = (1+r) B t-1 + (G t – T t)


Dansle long terme, le respect de la contrainte budgétaire impose un ajustement des dépenses et des recettes
(une baisse des impôts de 1 aujourd’hui implique une hausse des impôts de (1 + r)n dans n ans).

Selon la théorie de l'équivalence ricardienne, reprise et développée par Barro dans les 70’s, les agents prennent en compte la contrainte budgétaire de l'Etat (i.e. intègrent les futures haussesd’impôts) et rendent, par le jeu de leurs anticipations, toute politique de déficit et de dette publique sans effet sur l'activité. Si un gouvernement finance ses dépenses par déficit, l'épargne privée va donc croître du même montant d'où un niveau d'épargne globale et d’investissement inchangé. Une politique de déficit budgétaire conduit donc à l'accroissement de la dette publique mais reste...
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