Dans quelles mesures la science doit-elle prendre en compte le probable?

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  • Publié le : 6 juin 2010
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Dans quelle mesure la science doit-elle prendre en compte le probable ?


Pour l’opinion commune, la science est le « royaume de la nécessité » (A. Barberousse). Elle est censée produire une connaissance scientifique, au sens de poser des certitudes. Deux raisons motivent cette conception du discours scientifique. Premièrement Aristote, qui nous dit qu’il n’y a de science que du général,et donc qu’il faut chercher à attribuer à la nature ce qui se produit le plus souvent (hôs epi to polu) et au hasard le « n’importe quoi » ; le critère de fréquence révèle ainsi une différence de nature entre ce qui est objet de science (de connaissance) et ce qui est inconnaissable, et donc négligeable. Et deuxièmement, la conception qui assimile le discours scientifique au discours mathématique :celle-là procédant par démonstration et par enchaînements logiques qui ne laissent place à aucune incertitude. C’est à cette définition du discours scientifique que nous nous attaquerons ici en cherchant la juste place de l’incertitude dans la recherche scientifique, comment la science peut s’appuyer sur le probable pour élaborer une connaissance, pour construire du vraisemblable sur del’incertain. Nous verrons d’abord comment la science explique le monde, puis s’il est légitime d’appliquer la théorie mathématique des probabilités aux divers domaines des phénomènes, et enfin nous verrons les limites des probabilités comme limites de la science qui grâce à elles peut produire une connaissance « vraie », à défaut de certaine.

Pour l’homme de science, la connaissance ne peut êtrequ’approchée. En effet, la science ne fait que représenter des phénomènes réels : la représentation scientifique d’un objet ne dit jamais tout de la réalité de celui-ci, mais il en dit quelque chose. Elle dit quelque chose de la réalité de l’objet, mais non toute sa réalité ; elle implique donc, fût-ce à titre potentiel, la fausseté en même temps que la vérité. Ainsi, la connaissance approchée, la véritéet l’erreur sont-elles inséparables, bien que la part de la première soit d’autant plus grande que celle de la seconde est faible. Et plus, la connaissance scientifique n’est pas seulement approchée, elle est indéfiniment approchante : elle est toujours exposée à des remises en question. Il n’y a donc pas de certitude immuable en science. Cette impossibilité, cette frustration face à la véritéabsolue du réel inaccessible ne doit pourtant pas nous empêcher d’avancer, nous enfoncer dans le scepticisme et in fine l’inaction. C’est ce que Descartes nous dit dans son Discours de la méthode III, 3 : « les actions de la vie ne souffrant aucun délais, c’est une vérité très certaine que, lorsqu’il n’est pas en notre pouvoir de discerner les plus vraies opinions, nous devons suivre les plusprobables, et même qu’encore que nous ne remarquerions point davantage de probabilité aux unes qu’aux autres, nous devons néanmoins nous déterminer à quelques unes, et les considérer après non plus comme douteuses, en tant qu’elles se rapportent à la pratique, mais comme très vraies et très certaines, à cause que la raison qui nous y a fait déterminer se trouve en elle. » Ainsi, du point de vue pratique,quand il s’agit d’agir, il semble préférable, plutôt que de rester dans l’indétermination, de donner du crédit à une solution rationnelle qui, même si elle n’est ni évidente ni vraie, sera au moins probable. Il faut sortir de l’indétermination pour pouvoir progresser dans les sciences et développer des explications du monde. Nous avons là la première raison d’être du probable : il permet à lascience d’avancer malgré l’incertitude. Son importance est donc capitale, l’acceptation du « plus probable » est le point de départ de la démarche scientifique : il faut accepter de ne pas savoir pour commencer à travailler le réel. Paradoxalement, c’est le probable qui nous sauve de l’ignorance totale.
Aristote arrive à la même conclusion lorsqu’il établit la vérité des prémisses d’un...
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