Dd"sir image et imagination

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  • Publié le : 30 mars 2011
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L’imagination

INTRODUCTION

I) Première approche

De toutes les facultés humaines, l’imagination est l’une de celles qui suscitent les appréciations les plus contradictoires. Pour les poètes, pour les artistes en général, mais aussi selon certains philosophes, elle témoigne de la liberté de l’esprit humain. Grâce à l’imagination, en effet, les hommes sont capables, non seulementde se représenter l’irréel, mais aussi de soumettre le monde à leurs désirs en dessinant les nouveaux territoires de la vérité : « l’imagination est la reine du vrai, et le possible est une des provinces du vrai » écrit Baudelaire (texte 1). Mais l’imagination est également une source d’erreurs et d’illusions, car elle nous renseigne moins sur la réalité elle-même que sur les réactions de notrecorps et de notre sensibilité à notre milieu. C’est l’interférence des sources de nos représentations qui serait la cause de l’illusion, dont l’imagination est en l’occurrence directement responsable (texte 2, d’Alain). Il faut donc se demander pourquoi l’imagination fait l’objet d’interprétations à ce point antithétiques. Il apparaît que cette contradiction procède de la nature ambiguë de cettefaculté.

Le terme « imagination » vient du latin « imago », de « imitari », imiter. Suivant cette étymologie, comme pour le sens commun, l’imagination serait donc la faculté « d’imiter par des images ». Cependant cette approche suscite deux objections majeures. Tout d’abord, le terme d’« image » est lui-même une métaphore, c’est-à-dire le transport d’un mot d’un domaine dans un autre. Une imagematérielle est en effet une trace qui évoque physiquement ce à quoi elle ressemble partiellement : tel est le cas du reflet de mon visage dans l’eau, par exemple. Au contraire, une image mentale ne ressemble en rien à ce qu’elle est censée représenter, car les « choses » de l’esprit ne sont pas visibles ni sensibles : l’image du soleil, par exemple, n’émet aucune lumière, de même que l’idée de chienn’aboie pas. L’imagination n’est donc pas la faculté de restituer des sensations, qui seraient elles mêmes des images (au sens de «copies») de la réalité. La seconde objection est tout aussi cruciale : ni l’image ni l’imagination ne sont des facultés de se représenter (re-présenter : présenter à nouveau) le réel. L’imagination est au contraire la faculté de substituer au monde perçu un mondeimaginaire dont le contenu est en partie une production spontanée de chacun, en partie un domaine peuplé de représentations relevant du psychisme commun des peuples ou des nations. Imaginer, c’est donc mobiliser des images ou des réalités qui charpentent l’inconscient (individuel ou collectif) et qui ne sont en aucun cas dérivées de la simple perception du monde. C’est la raison pour laquellel’imagination est la « faculté de déformer le réel », voire de le réinventer. L’imagination recrée le réel en combinant les images de façon inédite, mais aussi en se tournant vers l’absent, le passé, le possible, en anticipant l’œuvre projetée, en évoquant ce qui ne fut ni n’existera jamais - comme le font les philosophes quand ils élaborent des fictions, des utopies ou des idéaux régulateurs. C’est en ce sensque Bachelard peut dire que l’imagination est l’image de l’ouverture (texte 3) tandis que Sartre insiste sur le fait que l’imagination est l’un des synonymes du mot « liberté ». Gilbert Durand évoque pour sa part les confusions et les ambiguïtés induites par le vocabulaire du symbolisme (textes 1 à 7).

II) L’imagination décriée : la « folle du logis »

Une longue et constante tradition tend àstigmatiser l’imagination. Platon voit avant tout dans l’image, qu’il considère surtout dans ses formes matérielles et sensibles (ombres et reflets, peintures en trompe l’œil) le plus bas degré de la connaissance, et une dangereuse source d’illusions dont les hommes peuvent jouer, mais qui le plus souvent les abuse. C’est la raison pour laquelle la philosophe se méfiait des « imitateurs...
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