De quoi devons-nous douter?

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  • Publié le : 21 septembre 2010
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A2 - De quoi est-il impossible de douter ?
De quoi est-il impossible de douter ? Apparemment, n'est-ce pas exclusivement des données de la raison qu'il est impossible de douter ? Et pourtant le sentiment, l'instinct, n'a-t-il pas un degré de certitude équivalent, voire supérieur à celui de la raison ? Et ce sentiment, cet instinct, ne correspond-il pas, en fait, à ce que nous faisonsspontanément sans être obligé d'y penser ? Nous allons donc voir que, apparemment, le seul moyen d'échapper au scepticisme, c'est d'admettre qu'il existe une intuition et une déduction rationnelles qui, contrairement aux informations des sens, ne peuvent être mises en doute. Et pourtant, les vérités du cœur qui proviennent de la coutume concurrencent et même dépassent en certitude les vérités de la raison quisuivent de la démonstration. Cela dit, ce dont il est impossible de douter, ce n'est pas une soi-disant vérité métaphysique, d'où qu'elle provienne, mais d'une certitude pratique qui suit de l'application tautologique d'une règle indissociable de notre forme de vie. I - Apparemment, le seul moyen d'échapper au scepticisme, c'est d'admettre qu'il existe une intuition et une déduction rationnellesqui, contrairement aux données sensibles, ne peuvent être mises en doute. (A211) Lorsque je rêve, nous dit Descartes, j'ai l'impression de percevoir des images sensibles (visuelles, auditives, tactiles, olfactives, gustatives) de la réalité. Par exemple, en songe, je me perçois comme si j'étais habillé et si j'étais assis à mon bureau. Mais, comme, lorsque je rêve, je ne rêve pas que je rêve maisje rêve que je suis éveillé, « il n’y a point d’indices concluants ni de marques assez certaines par où on puisse distinguer nettement la veille d’avec le sommeil »(Descartes, Méditations Métaphysiques, I, 3-5). Descartes est un philosophe du XVII° siècle et cet argument dit "argument du rêve" est très banal à son époque (cf., en 1635, l'oeuvre théâtrale de Pedro Calderón de la Barca, la Vida esSueño, "la Vie est un Songe"). Descartes conclut en tout cas de cet argument qu'il n'y a pas de critère permettant de distinguer l'illusion visuelle de la perception visuelle. Et même si je sais que mes sens sont le jouet d'une illusion cette illusion ne disparaît pas pour autant (e.g. si je trempe dans un liquide le bout d'un bâton rectiligne, celui-ci me paraîtra brisé, même si je sais que cen'est pas le cas). Voilà pourquoi il faut douter des informations que m'apportent mes sens : mes sens sont toujours potentiellement trompeurs, ils sont toujours potentiellement un facteur d'illusion. Ceci rapproche Descartes de Platon (A111) : lorsque l'opinion du citoyen est manipulée par l'orateur, elle a aussi l'impression d'être informée sur la réalité. On peut même dire, par analogie, que lerêve est à l'individu ce que la démagogie est à la Cité. Dans les deux cas, la perception ne nous fournit que l'apparence (potentiellement trompeuse) de la réalité, et non la réalité elle-même. (A212-213) L'argument du rêve est l'argument favori des sceptiques (synonyme : "les pyrrhoniens", c'est-à-dire les disciples de Pyrrhon d'Elis, fondateur de ce courant philosophique dans l'antiquité) pourconclure que, puisqu'on ne peut jamais être certain d'être éveillé et non endormi, on ne peut jamais être certain de rien et on doit, par prudence, suspendre son jugement. Or, dit Descartes, « je n’imite pas les sceptiques, qui ne doutent que pour douter et affectent d’être toujours irrésolus, car au contraire, tout mon dessein ne tend qu’à m’assurer »(Descartes, Discours de la Méthode, IV). Autrementdit, Descartes va utiliser l'argument du rêve, non pas pour conclure qu'il faut douter de toutes nos connaissances, comme les sceptiques, mais au contraire pour examiner s'il n'y aurait pas néanmoins des connaissances qui résisteraient au doute. En d'autres termes, le doute ne sera pas, pour Descartes, une fin, mais un moyen. Ou, plus exactement une méthode (du grec meta tou hodou, "sur le...
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