De verlaine – vers de laine

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  • Publié le : 10 juin 2010
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Prince des poètes et poète maudit, prisonnier et professeur, père de famille et homosexuel, débauché et catholique – si c’est effectivement de la voyance que naît l’inspiration poétique, Paul Verlaine incarne la poésie même, car il a tout vu, tout vécu. L’histoire de sa vie nous a procuré des millers et millers de pages biographiques ; celle de son âme – cinq tomes volumineux : prose, poésie,théâtre, même pornographie. Aura tort pourtant celui qui voudra – par paresse ou lassitude – séparer ces deux domaines, puisque l’oeuvre verlainienne ne peut être perçue qu’à travers ses expériences et que c’est seulement en combinant les deux qu’on arrive à déchiffrer – autant qu’il est possible de déchiffrer un génie – le message de Pauvre Lelian.
Né à Metz en 1844, choyé, voire gâté par sa mère,petit Paul-Marie avait, comme lui-même le confesse dans son autoportrait railleur, une enfance hereuse. Depuis ses quatorze ans, il avait rimé à mort, faisant des choses vraiement drôles dans le genre obscéno-macabre . Déjà pendant ses études à Paris, il manifestait une attitude fortement nonchalante – inscrit en droit, il a très vite compris que la vraie vie se déroulait ailleurs ; à force defréquenter les cafés du cercle poétique, il a commencé à sécher les cours et, par la suite, rompu avec l’éducation traditionnelle. Et paradoxalement, c’est justement à cause de quitter Alma Mater qu’il a obtenu sa licence – licence poétique : en 1866, le Parnasse Contemporain publie ses poèmes ; quelques mois plus tard, apparaît (à compte d’auteur) son premier recueil, accueilli par Anatole France etMallarmé : Poèmes saturniens. Le grand voyage est désormais entrepris.
La parution des Fêtes galantes en 1869 coïncide avec la rencontre de Mathilde Mauté. Verlaine – déjà abusant de l’absinthe, ce nectar du XIXe siècle – lui fait la cour toute l’année, pour la conduire finalement à l’autel le 11 août 1870. Le bonheur conjugal ne durera point, malgré le témoignage de l’amour rendu dans laBonne Chanson. Alcoolique, neurasthénique, le poète tente deux fois de tuer sa mère et ne sait pas pourvoir à l’entretien de la famille. Durant la Commune, les Verlaine se réfugient en province (juin-août 1871) pour ensuite revenir à Paris, où ils s’installent chez la famille de Mathilde. Un mois plus tard, le mari, le futur père, mais surtout l’artiste, s’engage dans l’aventure qui va anéantir sonmariage ; ayant reçu quelques poèmes d’un certain Arthur Rimbaud, jeune et insolent, un enfant de seize à dix-sept ans, déjà nanti de tout le bagage poétique qu’il faudrait que le vrai public connût , il l’invite à la capitale. L’hôte, venu de Charleville, sera hébergé – au plus grand surpris de Mathilde et ses parents – dans le foyer des Mauté.
Bien que la femme réussisse enfin à se débarasserde l’intrus, elle en fait en même temps – quoiqu’inconsciemment – une croix sur l’avenir du couple ; Paul, qui déjà antérieurement était loin de l’idéal, subit une transformation terrifiante : non seulement qu’il traîne, s’enivrant – avec Rimbaud, bien entendu – dans les milieux poétiques suspects (tel le cercle Zutique), mais surtout il commence à battre Mathilde et la menace de mort. Celle-ciaccouche en octobre d’un enfant, Georges, et quelques mois après, s’enfuit avec lui, laissant Paris en proie aux deux tapageurs.
Dès là, l’histoire accélère, tout en tournant en tragique : l’année 1872 apporte une suite de départs et de retours, un véritable ping-pong dont Verlaine devient la balle et Rimbaud et Mathilde – joueurs. Sauf que, évidemment, c’est à la balle de décider qui gagnera.Tandis que les deux poètes partent pour Belgique (vagabondage dont l’écho se fera entendre dans les Romances sans paroles), Mathilde entreprend des procédures de séparation. Quelques sets après, en juillet 1873, lors d’une dispute, envenimée par l’alcool, Verlaine tire sur son ami deux coups d’un revolver : Rimbaud n’est blessé que légèrement, et pourtant porte une plainte. L’assasin manqué,...
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