De l'autorité en ethnographie

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  • Publié le : 23 novembre 2009
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> Le courant post-moderne

"De l'autorité en ethnographie" de James Clifford.

Objet du texte

Dans cet article écrit au début des années 1980, dans un contexte de crise de l'autorité en ethnographie, James Clifford soulève une série de questions destinées à repenser l'écriture ethnographique en interrogeant les fondements de l'autorité scientifique de la discipline, et en retraçant laformation et le déclin de cette autorité tout au long du XXème siècle. Il se demandera comment l'interprétation culturelle et scientifique est produite et comment transformer une expérience dépourvue de règles en un récit faisant autorité. En outre, la légitimation de l'enquête sur le terrain comme source de savoir pose le problème de l'interlocution entre chercheur et informateur et desdifférences entre interprétations culturelles. Ces problèmes trouveront des éléments de réponse dans l'analyse des modes d'autorité émergents à l'époque.

Objectifs du texte

Dans sa recherche théorique, J. Clifford entend contribuer à la réfléxion pratique sur les représentations transculturelles en amorçant l'inventaire des meilleures approches disponibles, même si elles sont imparfaites.L'observation participante qui en fait partie reste pour lui une méthode exceptionnellement sensible, mais il la ré-interroge dans une approche politico-épistémologique plus général sur l'écriture et la représentation de l'altérité. Car depuis que l'Occident ne peut plus se représenter comme l'unique détenteur du savoir anthropologique sur les "autres" (après le renversement du regard européen par lemouvement de la Négritude et après avoir pris conscience que l'anthropologie est relative à son statut libéral dans un ordre de type impérial) il est devenu indispensable d'imaginer le monde à l'échelle d'une ethnographie généralisée. L'auteur se chargera donc d'imaginer ce monde, dans un contexte d'extension des influences interculturelles, où chacun interprète, dans son propre idiome les autres et soimême (concept que Bakhtine a dénommé l'"hétéroglossie").
Dans cette étude, Clifford porte également l'accent sur l'anthropologie professionnelle et en particulier sur les développements que l'anthropologie interprétative a connu depuis les années 1950. La dispersion de l'autorité ethnographique qui caractérise son époque lui permet de délimiter, en gros, une période allant de 1900 à 1960, pendantlaquelle une nouvelle conception de la recherche de terrain a été retenue comme norme pour l'anthropologie européenne et américaine. L'enquête de terrain fondée sur une description "intensive" des cultures observées par des chercheurs qualifiés, fait l'objet d'un consensus international dans les années 1930. Ce nouveau style qui s'institutionnalise alors se trouve incorporé dans des pratiquesd'écritures spécifiques soumises à de multiples subjectivités et à des contraintes politiques qui échappent au contrôle de l'auteur. En réaction à ces déterminismes, l'écriture ethnographique mettait en scène une stratégie d'autorité particulière qui impliquait la revendication de l'ethnographe de se poser en tant que médiateur de la vérité dans le texte. De plus, l'expérience culturelle y était énoncéepar une seule personne, le chercheur.

James Clifford part de ces postulats fortement ancrés dans l'histoire de la discipline et tentera de les transcender en procédant à une critique de ceux ci, et en apportant des éléments de réflexions qui s'appuieront sur des exemples de pratiques textuelles qui s'inscrivent dans le courant post-moderne. Il présentera ainsi des alternatives aux stratégiesde l'autorité ethnographique.

1) L'émergence du chercheur de terrain universitaire: les fondements de l'autorité ethnographique.

Le mouvement vers une ethnologie professionnelle a débuté avec les enquêtes de Boas et l' émergence dans les années 1890 d'autres chercheurs de terrain venant des sciences naturelles. Mais c'est avec Malinowski que l'observation participante intensive devient...