Desindustrialisation (notes)

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  • Publié le : 12 octobre 2010
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Le mythe de la société post-industrielle
Discuter des enjeux d’une politique industrielle européenne suppose, au préalable, de renoncer au mirage, entretenu par certains économistes [1], selon lequel nous serions sur le point d’assister à l’avènement d’une société post-industrielle dont l’essentiel des emplois seraient des services. L’assertion se veut rassurante puisqu’elle implique qu’àl’avenir la majorité de nos emplois ne seraient plus soumis au chantage de la délocalisation. Tout comme la révolution industrielle a vu un secteur secondaire reléguer à la marge le secteur agricole, une nouvelle révolution serait sur le point de permettre au tertiaire de supplanter le secteur industriel.
Or la frontière entre services et production industrielle est devenue très poreuse : de nombreuxservices sont tributaires de l’activité industrielle (maintenance, logistique, informatique, restauration, après-vente, assurance…). Ils viennent gonfler les statistiques comptables du tertiaire parce qu’ils sont externalisés par un nombre croissant d’entreprises, les exigences de rentabilité actionnariale immédiate impliquant d’extraire du périmètre d’activité de l’entreprise tout ce quin’appartient pas à son « cœur de métier ». Cela ne signifie pas qu’ils engendrent des emplois autonomes qui ne disparaîtraient pas une fois l’activité industrielle délocalisée. Beaucoup de services, d’ailleurs, tendent à s’industrialiser – que l’on pense aux hôpitaux ou à la téléphonie, par exemple –, de sorte que l’imbrication entre industrie et services ne permet pas de considérer la première comme unesous-traitance manufacturière subalterne que nous pourrions abandonner négligemment aux pays « en voie de développement ». En outre, la demande de biens de consommation ne cesse pas d’augmenter dans la totalité des pays de l’Ocde (3 % par an, en moyenne, depuis 2000, soit un rythme supérieur à l’augmentation de la consommation globale). Elle n’indique aucun effet de substitution entre biens deconsommation et services. Certes, une part chaque jour croissante des produits consommés dans les pays de l’Ocde vient du Sud, en particulier des pays émergents. Il est vrai que la proportion de travail manufacturier dans la production de biens industriels est en diminution tandis qu’une part grandissante de la valeur ajoutée de chaque nouveau produit provient de sa diffusion commerciale (un service) etéchoit aux circuits de distribution plutôt qu’aux industries de production. Il est exact, enfin, que les ménages aisés des pays de l’Ocde ont de plus en plus recours à des services (soins du corps, santé, loisirs, etc.) auxquels ils n’avaient pas accès il y a une génération [2].
La thèse de l’avènement d’une société post-industrielle signifie donc, au mieux, que l’actuelle division du travail àl’échelle internationale induit un déplacement des emplois industriels dans les pays émergents (pour l’essentiel du fait du dumping salarial et fiscal qui y est pratiqué). Faut-il s’en réjouir ? Rien n’est moins sûr : une augmentation de la demande de la part des consommateurs de l’Ocde ne peut être financée que par un accroissement de leurs revenus salariaux, et donc de leur productivité. Orl’augmentation de la productivité dans les services reste, aujourd’hui encore, beaucoup plus lente que dans le secteur industriel. Dans nombre de cas, on voit mal comment il en irait autrement : pouvez-vous augmenter durablement et sans risque la « productivité » de votre coiffeur, d’une troupe de théâtre, d’une infirmière, d’un enseignant? Une société post-industrielle en Europe condamnerait les ménageseuropéens à une hausse très lente de leur pouvoir d’achat, tandis que les ménages des pays émergents verraient leur productivité, et donc leurs salaires, continuer de croître beaucoup plus rapidement. L’accélération de la désindustrialisation viendrait prolonger le régime de « croissance molle » (avec faible croissance salariale, inflation jugulée et explosion des revenus financiers) dans...
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