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  • Publié le : 25 mars 2010
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LE CURE DE VILLAGE
par Alain VAILLANT
 
I. L'HISTOIRE
Malgré le titre, qui renvoie à la figure apostolique de l'abbé Bonnet, c'est Véronique Graslin qui donne au roman son unité dramatique. Sa destinée tragique et édifiante réunit tous les fils de l'intrigue. Fille de Sauviat, ferrailleur auvergnat qui, par son labeur acharné et son instinct des affaires, avait fini par se constituer àLimoges, sou après sou, un riche patrimoine, elle avait été élevée à l'écart du monde, dans une atmosphère de piété, de simplicité et de pureté qu'avait seulement troublée, au moment de l'adolescence, la lecture fatale de Paul et Virginie. Mariée par ses parents au banquier Graslin, chez qui l'âpreté au gain avait oblitéré toute autre forme de sentiment, elle parvint d'abord à reporter ses élancementsde coeur sur la religion et les activités charitables. Mais ces dernières lui donnèrent l'occasion de rencontrer et d'aimer, à l'insu de tous, l'ouvrier Jean-François Tascheron qui, aiguillonné par le désir amoureux de s'élever socialement, est amené à voler et, par un malheureux concours de circonstances, à tuer. Il meurt sur l'échafaud en taisant le nom de la femme du monde qu'on soupçonnederrière ses actes, alors que cet aveu pourrait lui éviter l'exécution ; en revanche, grâce à l'intervention du curé de Montégnac, il se réconcilie in extremis avec Dieu, pour le plus grand soulagement des autorités catholiques.
Véronique Graslin, qui est d'ailleurs enceinte de son amant, se sent doublement coupable : à l'égard de la religion à cause de son adultère, à l'égard de Tascheron qu'elle asans doute tué par son silence. Sa vie ne sera donc plus qu'une longue pénitence. Contre elle-même, elle s'inflige de terribles souffrances physiques et mortifie littéralement son corps, au point d'y succomber. Cependant, retirée à Montégnac après la mort de son mari, elle se dévoue à ce village et met sa fortune au service de l'abbé Bonnet, dont les conseils en matière d'agriculture,d'infrastructures économiques et de travaux publics assurent, avec le concours de l'ingénieur Gérard, la prospérité dans la commune et dans ses environs. Alors qu'elle décline inéluctablement, elle est considérée par tous comme une sainte et une bienfaitrice. Aussi ne fera-t-elle qu'accroître la vénération qu'elle inspire lorsque, sur son lit de mort, elle avouera publiquement ses fautes.
 
II. HISTOIRE(S) DUTEXTE
Le manuscrit intégral (cohérent à la première série des feuilletons) est à Lov. A 52 ; A 53 contient six jeux d'épreuves correspondantes, très travaillées. Pour la deuxième et troisième partie il n'y a ni manuscrit, ni épreuves.
– Comme souvent chez Balzac, le texte a acquis son épaisseur et, paradoxalement, sa vraie cohérence au cours de sa genèse, longue et contrariée par descirconstances internes ou externes. Le premier fragment publié du roman fut une série de feuilletons dans La Presse qui, déjà sous l'intitulé Le Curé de village, offrait en janvier 1839 l'histoire du crime, du jugement et de l'intervention de l'abbé Bonnet. Une deuxième série, en juin-juillet 1839, racontait l'histoire de Véronique jusqu'à son départ à Montégnac et constituait donc, pour l'essentiel, unretour en arrière. Enfin, l'histoire de sa mort faisait l'objet, en juillet-août, d'un troisième ensemble de feuilletons.
– Ce n'est donc que dans l'édition en deux volumes in-8 chez Souverain (mars 1841) que Balzac rétablit l'ordre chronologique des événements de la fiction et, surtout, qu'il s'attarde à l'action réformatrice du curé et aux principes qui la guident, augmentent son texte de « deuxcinquièmes environ » (Pl., IX, 1540). Encore se plaint-il, dans sa préface, d'avoir dû renoncer, à cause du mauvais état économique de l'édition, à un troisième volume qui aurait donné plus d'étendue aux « graves questions de morale, de politique, de philosophie et de religion ».
– Pourtant, dans le volume Furne (Scènes de la vie de campagne) il se contentera en 1845, suivant une pratique à peu...
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