Destin du personnage de roman

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  • Publié le : 29 mai 2010
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Réfléchissant sur le roman, Albert Camus conclut :
« Voici donc un monde imaginaire, mais créé par la correction de celui-ci, un monde où la douleur peut, si elle le veut, durer jusqu'à la mort, où les passions ne sont jamais distraites, où les êtres sont livrés à l'idée fixe et toujours présents les uns aux autres. L'homme s'y donne enfin à lui-même la forme et la limite apaisante qu'ilpoursuit en vain dans sa condition. Le roman fabrique du destin sur mesure. C'est ainsi qu'il concurrence la création et qu'il triomphe, provisoirement, de la mort. »
Vous commenterez et discuterez ce texte à la lumière de vos lectures.
Mise en place du sujet :
« Quel roman que ma vie » aurait dit Napoléon à Sainte-Hélène... Le roman, en effet, pourrait reconnaître pour sien ce personnage dontl'ascension et la chute fulgurantes ont inscrit le mythe dans l'Histoire. Monde clos, dont les ficelles sont manipulées par un créateur démiurge, le roman déploie en effet des personnages qui ne sont pas, comme nous, englués dans l'arbitraire ni voués à des hasards dérisoires. Pour Camus, l'intérêt du roman se rattache à la façon dont l'homme se sent situé et déterminé sur la terre. Les gensvoudraient rester fidèles à leurs douleurs et à leurs passions, mais des "distractions" surviennent, et ils se laissent entraîner, à leur honte secrète, là où les nécessités de l'existence les détournent de leur monde intérieur. A cette versatilité, reflet de l'incohérence générale du monde, le roman semble opposer la fidélité à soi, la permanence. Camus donne lui-même dans L'Homme révolté des exemples decette fabrication par le roman d'un destin cohérent où l'homme trouve une unité :
Problématique :
C'est avant tout de l'organisation du roman qu'il s'agit ici. La façon dont se rencontrent les personnages, dont se conviennent les décors et les êtres, dont les évènements de la vie personnelle s'inscrivent dans les événements de la vie publique, dont s'achèvent surtout les chapitres, lesexistences, l'histoire elle-même, voilà ce qui constitue, à l'intérieur d'un roman, l'image du destin. Ce mot est commode pour désigner une existence dont on connaît le but, qui pourrait se résumer en un mot, mais il y a évidemment quelque chose de trompeur dans cette correction que le roman inflige à la vie, et déjà au XVIIème siècle ce "mensonge" des romans était un des griefs que l'on avait contreeux. Camus, ici, reprend indirectement cette critique en constatant que le roman ne décrit qu'une réconciliation superficielle de l'homme avec sa condition. On peut même se demander si une interprétation de l'histoire de la civilisation occidentale ne se profile pas derrière ces lignes : à l'échec de l'entreprise philosophique qui, de Descartes à l'Encyclopédie, a mobilisé les esprits, succéderait letriomphe du roman. La philosophie laissait entrevoir le gouffre de l'absurde : le roman vient rassurer, au prix d'une duperie.
Le libellé du sujet nous invite à adopter une démarche dialectique : on montrera que dans le roman traditionnel, malgré tous les artifices d'arrangement qu'évoque Camus, le sentiment de l'absurde peut apparaître. On pourra souligner que le roman constitue aussi uninstrument de recherche capable de libérer le lecteur au lieu de l'enfermer dans l'illusion d'un ordre.
► Le roman n'est-il propre qu'à fabriquer du "destin sur mesure" ?
Plan:
I. La conception du roman que vise Camus est fondée sur une organisation concertée du destin des personnages : « Ce qui manque à chacun de mes héros, que j'ai taillés dans ma chair même, dit Gide, c'est ce peu de bon sensqui me retient de pousser aussi loin qu'eux leurs folies.» Ce qui leur manque : entendez, non ce qui leur fait défaut, mais ce dont l'absence même fait leur force et leur essence de héros de roman; car ce bon sens dont parle Gide et qui sépare le monde de la réalité du monde romanesque, c'est le sens du réel. Que ne ferions-nous si nous n'étions pas raisonnables ! Nous toucherions l'oreille du...
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