Devoir et plaisir

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  • Publié le : 18 août 2010
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Ne vient-il pas un temps dans la vie où le devoir est le plaisir
plutôt que le plaisir un devoir ? » Philip ROTH

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En lisant cette question, m’est revenu en tête une phrase que prononçait souvent ma grand-mère :
« Méfie-toi, min ptiot, tout papier se laisse écrire ».
(Je suis cthi, eud Roubaix)

Traduction : il ne suffit pas d'aligner (dinse bouque) ou bien d'écrire(sur eul papi) des mots, sujets, verbes et compléments pour faire des phrases qui prétendent dire «eul vérité»

1) VERIFIER

J’ai appris à vérifier ce que disent les soit disants maîtres. On les voit parfois pontifier avec des lieux communs comme par exemple : «La parole est d'argent mais le silence est d'or». Et tous d’opiner de la tête. Mais «Le silence est d'or» pourrait être le slogan desmaîtres chanteurs et des partisans de l'omerta. La loi du silence est la condition même de la survie dans tous les milieux (pas seulement celui des voyous) où un conformisme obligatoire protège les prédateurs dominants contre la critique.
Autre lieu commun comme ce précepte qui prétend que « ce n’est pas la fonction qui honore ou dégrade l’homme mais la façon dont il la remplit. »
C’est pourquoil’Obersturmbahnführer du camp de concentration se doit de bien travailler.

Qu’en est-il dès lors du plaisir ? Qu’en est-il du devoir ?
Le « plaisir », selon le Robert, c’est un « état de sensation agréable », ou « ce qu’il plaît à quelqu’un de faire ». C’est quelque chose de bon, de positif.

Le « devoir », toujours selon le Robert, suivi d’un infinitif, c’est une « obligation », maisemployé seul, relève de « l’obligation morale ». Dans les deux cas, donc, une obligation, cette dernière n’étant pas forcément de nature à favoriser « un état de sensation agréable »…

Le plaisir et le devoir seraient-il donc des contraires ?

Et comment, dès lors, peut-on soutenir que c’est « une obligation morale » que de « vivre une sensation agréable ». Puis d’affirmer que, la vieillessearrivant, « l’obligation morale » devient une « sensation agréable » ?

Ainsi traduite, la question se révèle immédiatement impraticable, malaisée, pour ne pas dire impossible à gérer efficacement.
De plus, les concepts « plaisir » et « devoir », utilisés isolément de tout contexte n’ont quasiment pas de sens, en tout cas dans un usage concret.
Car quand est-il sur le fond, quand cette belle phraseapparemment pontifiante atterrit sur le sol de notre réalité quotidienne ?

S’agit-il de plaisir sexuel ?,  auquel cas, quand je suis jeune, l’orgasme est une obligation alors qu’en vieillissant, faire ce que je dois provoque mon orgasme ?
J’ai encore dû tondre la pelouse hier et je n’en ai oas joui pour autant !
Et qu’en est-il du plaisir de donner la vie ?
Ou du plaisir de tuer ?

A vouloirappliquer cette formulation au concret, j’attrape le tournis, j’éprouve le vertige, je sens venir la confusion.
C’est vrai qu’à force de faire des ronds avec son compas, on a la tête qui tourne.

2) S’AGIRAIT-IL D’UNE RUSE ?

La langue est pleine de pièges et nous l'oublions trop fréquemment. Déjà Kant le disait : « Nous vivons toujours avec des interprétations ou des images de la réalité,auxquelles, naïvement, nous attribuons une réalité objective ».

Les constructivistes déclarent quant à eux, que « nous considérons comme réel ce à quoi nous donnons un nom, sans penser que nous pouvons certes attribuer un nom au réel, mais que nous pouvons le faire aussi à l'irréel.

Puis nous oublions que c'est nous qui avons arbitrairement construit toutes ces représentations et nous lesprenons pour la réalité.
Pourtant, le nom n'est pas la chose. La carte Michelin n'est pas le territoire qu'elle dessine. Et au restaurant, seul le schizophrène mange le menu sur lequel sont écrits les différents plats.

Dans la question abordée ici, on remarque qu’elle est formulée de façon simplifiée pour ne pas dire simpliste. Car, comme je l’ai dit, qu'est-ce que le devoir, et de quel devoir...
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