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  • Publié le : 23 novembre 2011
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L’ORESTIE 1D’ESCHYLE De la Vengeance à la Justice et à la Médiation On a l’habitude de considérer la Vengeance comme une simple pulsion naturelle, à laquelle on oppose l’Institution du Droit et de la Justice. Les anthropologues du droit - qui ont étudié le problème de la vengeance sur les différents continents et à différentes époques apportent un certain démenti à ce lieu commun. La vengeanceserait déjà une forme de justice qui aurait ses codes culturels. Ces anthropologues parlent de « systèmes vindicatoires » pour souligner la cohérence de ces institutions primitives2. En Grèce ancienne et en particulier dans l’Orestie d’Eschyle, la vengeance se présente comme justicière. Le vengeur (timaoros) est étymologiquement celui qui « veille sur l’honneur », une valeur essentielle pour lesGrecs, liée à la dimension sociale de chacun selon son statut. Lorsque l’ordre social est transgressé - en particulier par un meurtre - il y a exigence d’un «châtiment» réparateur, équivalent au crime, qui restaure la trame sociale et reconstitue les repères collectifs. L’acte vengeur concerne donc autant la collectivité que l’individu. Il peut être sous-tendu par une passion vengeresse ou n’êtreexécuté que comme un devoir envers les autres et imposé par eux. C’est ce qu’Eschyle montre dans les deux premières pièces de sa trilogie.

« AGAMEMNON »
Dans la première tragédie, l’auteur met en scène une Clytemnestre, pour qui l’acte vengeur est vécu comme une « renaissance ». Elle n’a pas accepté le sacrifice de sa fille Iphigénie par Agamemnon, son père, pour un enjeu politique dérisoire :récupérer la belle Hélène enlevée par le troyen Paris ! Pour Clytemnestre, ce sacrifice est un « crime » qu’elle semble être la seule à dénoncer. Face aux Chœur des vieillards qui lui reprochent l’assassinat odieux de son époux Agamemnon, elle ose décrire sa jouissance au moment du meurtre : « Son sang jaillit vivement sous l’épée tranchante aussi douce à mon cœur que la rosée envoyée de Zeus l’estpour le grain qui germe dans le

1

Trilogie comprenant : Agamemnon, Les Choéphores, Les Euménides (bienveillantes) qui fut jouée à Athènes en 460 avant J-C. 2 Cf. La vengeance dans la pensée occidentale, Tome IV, Editions CUJAS, 1984. 1

bouton ». Image terrible de renaissance ou de vie liée à la pulsion de mort, qui lui donne le sentiment d’une juste vengeance.
Cependant, même si elleassume complètement son acte, elle pense également qu’elle n’a fait qu’obéir à une loi qui la dépasse et que le Chœur appelle la loi de Zeus, c’est-à-dire la loi de la Justice : « Qui tue paie sa dette », « Au coupable, le châtiment : c’est dans l’ordre divin. » Après avoir évoqué tous les crimes qui se sont commis en chaîne dans cette famille, le Chœur ajoute « qui pourrait extirper de ce palais legerme maudit ?» En même temps, il annonce, au nom de cette loi divine, que se lèvera un vengeur d’Agamemnon, qui fera payer cher leur crime à Clytemnestre et à son amant Egisthe.

« Les CHOÉPHORES »
Ce vengeur, nous le voyons apparaître dans les Choéphores, la deuxième pièce de la trilogie. C’est Oreste, le fils qui revient d’exil. Ce qui le choque surtout c’est la manière dont son père a étémis à mort, pris dans des filets comme une bête sauvage, dans sa baignoire. Cette mort n’est pas digne d’un héros de la guerre de Troie et c’est pour restituer au mort sa dignité, qu’il envisage de venger son père. Mais Oreste, qui a vécu loin du palais et de ses horreurs, n’est pas mû par une passion vengeresse. Il faut que sa sœur Electre et le Chœur des femmes qui l’accompagne lui racontent tousles affronts faits au père, tous les mauvais traitements subis par Electre, pour susciter en lui l’indignation nécessaire au passage à l’acte. Le Chœur décrit ce processus : « Que ces paroles passent de tes oreilles dans le fond calme de ton esprit. Voilà ce que Clytemnestre a fait ; ce qui doit suivre, que la colère te l’apprenne. Il sied, quand on descend dans l’arène d’y porter un cœur...
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