Diderot, jacques le fataliste

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  • Publié le : 8 juin 2011
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Deux personnages, un valet et son maître, chevauchent plus ou moins paisiblement sur des routes, vers une destination qui restera inconnue, s'arrêtent dans des auberges, devisent à bâtons rompus : questions philosophiques, souvenirs intimes, anecdotes... Au fil de leur voyage, d'autres individus de rencontre y vont aussi de leurs récits, et voilà que s'ouvrent de nouveaux tiroirs, qui multiplientles niveaux temporels et les registres, ou confondent allégrement la réalité et la fiction. Par-dessus tout, un narrateur souverain ne cesse d'intervenir, proposant au lecteur un étrange pacte narratif. Dès l'incipit du roman, le ton est donné : avec arrogance, le narrateur affirme sa liberté de démiurge et s'emploie à saper les fondements mêmes de l'illusion romanesque. Nous comprenons que nousavons affaire à un jeu neuf qui échappe ironiquement à la classification des genres : c'est à la fois un roman à la ligne picaresque et une gerbe de récits allant de la nouvelle au conte, qui peuvent s'amenuiser jusqu'à l'anecdote ou le bon mot, truffée d'une série d'essais de morale ou d'esthétique, où le génie de Diderot s'exerce au sermon, à l'oraison funèbre, à la fable, au portrait, à ladissertation.
L’extrait que nous allons étudier est la fin de l‘histoire, de la page 297 « Eh bien ! Jacques, voilà comme tu me soignes ! » à la page 304 « et qu’il s’endormait ». Ce passage peut être découpé en trois grandes parties, qui, elles-mêmes seront découpées en sous parties. La première grande partie va de la page 297 « Eh bien ! Jacques, voilà comme tu me soignes ! » à la page 300 « jeme suis trompé. » ; la deuxième partie, de la page 300 « L’éditeur ajoute » à la page 303 « c’est lui qui nous a sauvé la vie à tous… » et enfin, la troisième partie ou épilogue, de la page 303 « quelques jours après » à la page 304 « et qu’il s’endormait ». Ces trois grandes parties seront traitées en fonction des grands thèmes abordés par Diderot, tandis que les sous parties traiteront desépisodes relatés.

Dans la première grande partie, nous pouvons distinguer quatre sous parties : de la page 297 « Eh bien ! » à la page 299 « n’en avoir réservé deux », relatant, après la chute du maître, la querelle entre ce dernier et son valet. En effet, Jacques avoue à son maître que sa chute n’est qu’un jeu orchestré, le valet manipule son maître, suivant l’exemple de son capitaine qui lui jouaitdes tours similaires.
Une deuxième sous partie, page 299, de « Le maître le suppliant » à « la demeure du nourricier… » évoque un bref retour sur les amours de Jacques. Cependant, Diderot qui, depuis le début de son histoire, nous dit que Jacques ne finira certainement jamais l’histoire de ses amours, coupe la parole à son personnage en prétextant un mal de gorge. Diderot est toujours présent,c’est encore lui qui décide.
La troisième sous partie, page 299, de « C’était la porte plus bas» à « cela était écrit là-haut… » montre le maître face à son passé en la personne du chevalier de Saint-Ouin, qui l’avait arnaqué avec l’aide d’Agathe. Après un bref duel, le chevalier est tué, le maître s’enfuit et Jacques est accusé du meurtre et mis en prison.
Enfin, la quatrième et dernièresous partie, de la page 299 « Et moi, je m’arrête » à la page 300 « je me suis trompé » est une intervention de Diderot, qu’il nous présente comme la dernière. Il nous annonce qu’à partir de là il ne sait plus rien de l’histoire de Jacques et de son maître et nous incite à la poursuivre en enquêtant éventuellement. Diderot annonce enfin qu’il ne peut nous révéler que ce qu’il croit vrai et, ayanten sa possession des mémoires pouvant relater la fin du récit, il va vérifier leur exactitude et nous tiendra, nous lecteur, au courant. Encore une fois il nous laisse sur notre faim et feint de sortir du roman.

Cette première grande partie s’articule suivant trois grands thèmes : tout d’abord une satire de l’autorité évoquée par la querelle entre Jacques et le maître. En effet, tout au long...
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