Diderot le fatalisme en action

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  • Publié le : 16 avril 2011
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Le fatalisme en action – Denis DIDEROT (1765 - 1769)Introduction :Didedot (1713- 1784) est un écrivain, philosophe et encyclopédiste français. Il laisse son empreinte dans l'histoire de tous les genres littéraires auxquels il s'est essayé : il pose les bases du drame bourgeois au théâtre, révolutionne le roman avec Jacques le Fataliste, invente la critique à travers ses Salons et supervise larédaction d'un des ouvrages les plus marquants de son siècle, la célèbre Encyclopédie.

Jacques le fataliste
Jacques le Fataliste conte les aventures et les conversations de deux cavaliers, Jacques et son maître, alors que les deux hommes cheminent vers une destination inconnue.
Jacques est un valet courageux, intelligent, généreux et a le sens de l’initiative. Philosophe prolixe il affirme que« tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas était écrit la-haut». Le maître de Jacques apparaît lui, sous les traits d‘un aristocrate oisif, amorphe et irascible. Il est aussi très dépendant de son valet et l’entraînera par sa lâcheté et sa maladresse  dans les pires mésaventures.  Avec Jacques Le Fataliste, Diderot nous livre un récit  qui nous interpelle sur une interrogationfondamentale :  l'homme est-il libre et peut-il infléchir son destin ?

Dans l'extrait que nous allons étudier : Didérot se demande si l'homme peut échapper à son déterminisme, s'il doit s'y soumettre aveuglément. Didérot utilise la figure de Jacques pour poser le pb de la liberté humaine lorsqu'elle est niée au profit d'une philosophie fataliste.

Fatalisme : doctrine selon laquelle tous lesévénements sont fixés à l'avance par le destin, la fatalité.

Déterminisme : doctrine philosophique suivant laquelle tous les événements et en particulier les actions humaines sont liés et déterminés par la chaine des événements antérieurs.

Baruch Spinoza : philosophe hollandais (1632 – 1677) issu d'une famille de juifs portugais. Pour lui, l'homme se croit libre alors qu'il n'a pas conscience de sondéterminisme. De plus, l'homme ne connait pas les causes qui le poussent à agir.
Lecture du texte

Jacques ne connaissait ni le nom de vice, ni le nom de vertu ; il prétendait qu’on était heureusement ou malheureusement né. Quand il entendait prononcer les mots récompenses ou châtiments, il haussait les épaules. Selon lui la récompense était l’encouragement des bons ; le châtiment, l’effroi desméchants. Qu’est-ce autre chose, disait-il, s’il n’y a point de liberté, et que notre destinée soit écrite là-haut ? Il croyait qu’un homme s’acheminait aussi nécessairement à la gloire ou à l’ignominie, qu’une boule qui aurait la conscience d’elle-même suit la pente d’une montagne ; et que, si l’enchaînement des causes et des effets qui forment la vie d’un homme depuis le premier instant de sanaissance jusqu’à son dernier soupir nous était connu, nous resterions convaincus qu’il n’a fait que ce qu’il était nécessaire de faire. Je l’ai plusieurs fois contredit, mais sans avantage et sans fruit. En effet, que répliquer à celui qui vous dit : Quelle que soit la somme des éléments dont je suis composé, je suis un ; or, une cause n’a qu’un effet ; j’ai toujours été une cause une ; je n’ai doncjamais eu qu’un effet à produire ; ma durée n’est donc qu’une suite d’effets nécessaires. C’est ainsi que Jacques raisonnait d’après son capitaine. La distinction d’un monde physique et d’un monde moral lui semblait vide de sens. Son capitaine lui avait fourré dans la tête toutes ces opinions qu’il avait puisées, lui, dans son Spinoza qu’il savait par cœur. D'après ce système, on pourrait imaginerque Jacques ne se réjouissait, ne s'affligeait de rien ; cela n'était pourtant pas vrai. Il se conduisait à peu près comme vous et moi. Il remerciait son bienfaiteur, pour qu'il lui fît encore du bien. Il se mettait en colère contre l'homme injuste ; et quand on lui objectait qu'il ressemblait alors au chien qui mord la pierre qui l'a frappé : "Nenni, disait-il, la pierre mordue par le...
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