Diderot -le mauvais fils puni

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  • Publié le : 22 avril 2011
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Jusqu’en 1770, la critique d’art appartient à l’esthétique générale (Réflexions critiques sur la poésie et la peinture de J. B. Du Bos ; Essai sur le Beau du père André ; la Théorie générale des Beaux Arts de l’abbé Batteux...). On publie des traités sur la nature du Beau accompagnés généralement de remarques morales.
C’est dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle que se développent les Salons.Leur compte rendu va donner naissance à la critique d’art. Diderot en est le grand initiateur. Il devient critique grâce à la Correspondance littéraire de Grimm (1753-1790), sorte de magazine littéraire que son ami faisait circuler chez tous les princes européens. C’est une gazette de la vie littéraire et artistique : elle pratique à la fois des comptes rendus d’ouvrages divers, mais fait aussi lapart belle " aux faits divers et ragots de la cour et de la ville ". C’est à Diderot et à Grimm qu’il incombe de parler des expositions de peinture. La France prend l’initiative des expositions périodiques sous le nom de " Salons " à partir de 1767. D’abord irrégulières, puis bisannuelles, elles sont réservées aux membres de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture. Les collections sontexposées au Luxembourg, aux Tuileries, aux Galeries du Palais Royal, au Louvre.
Diderot rendra compte en tout de 9 salons qui se tiendront tous les deux ans de 1759 à 1781.
Il faut souligner la situation d’énonciation particulière de la " lettre-Salon ". Ce texte, comme tous les autres salons, est adressé " à mon ami Grimm ". La Correspondance littéraire prend en effet la forme de la " lettreouverte ", formule qu’on trouve souvent au XVIIIe siècle. 
I. Le cadre épistolaire 
On note diverses hypostases de Diderot dans le texte : épistolier, descripteur, conteur... 
A. Le scripteur et son destinataire
Pour bien comprendre le texte, il faut le lire en corrélation avec Le Fils ingrat avec lequel il forme un diptyque (p. 547-548). Il s’agit de deux esquisses de Greuze, manière qu’apprécieparticulièrement notre auteur, annonçant peut-être le goût moderne pour l’inachevé, le non finito. L’esquisse est riche de potentialités sémantiques infinies :
" Les esquisses ont couramment un feu que le tableau n’a pas. C’est le moment de chaleur de l’artiste, la verve pure sans aucun mélange de l’apprêt que la réflexion mêle à tout [...] ". L’esquisse répond à l’esthétique romantique del’enthousiasme créateur, du délire génial de l’artiste sensible.
" Je vois dans le tableau une chose prononcée ; combien dans l’esquisse y supposé-je de choses qui sont à peine annoncées " (Salon de 1765 ; à propos de La Mère bien-aimée de Greuze, Paris, Garnier, p. 542-44).
Grimm est le destinataire premier. Le dialogue épistolaire impose un ton particulier : le discours épistolaire tend à imiter laconversation orale entre deux amis, deux hommes de bien. Il requiert un ton familier et un style simple : " Je ne sais comment je me tirerai de celle-ci ; encore moins de la suivante. Mon ami, ce Greuze va vous ruiner ". 
B. Le descripteur et les autres destinataires :
" Je ne sais quel effet cette courte et simple description d’une esquisse de tableau fera sur les autres [...] " 
Alors que Diderots’impose vraiment comme un descripteur, il s’adresse à des destinataires plus nombreux : l’indéfini " les autres " inclut-il ou exclut-il Grimm ? En réalité, il s’agit de tous ceux qui n’ont pas vu l’esquisse de Greuze, i. e. les lecteurs de la Correspondance littéraire, et plus largement les lecteurs à venir, les lecteurs virtuels, la postérité.
Si les lecteurs sont virtuels, l’appellatifinitial " mon ami " n’est plus seulement réservé à Grimm. Cette formule est à la disposition de tous ceux qui savent se poser dans l’espace de l’interlocution du salon. Et ces lecteurs virtuels vont ainsi se transformer en lecteurs-amis. L’allocutaire implicite de la lettre-salon est figuré sous la forme de l’ami. Le salon prend donc en même temps l’allure d’une communication amicale et sociale....
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