Discours sur la religion.

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  • Publié le : 27 novembre 2011
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DISCOURS SUR LA RELIGION.
(1677.)
Aussitôt que nous avons perdu le goût des plaisirs, notre imagination nous offre des idées agréables, qui nous tiennent lieu de choses sensibles. L’esprit veutremplacer des plaisirs perdus ; et il va chercher ses avantages en l’autre monde, quand les voluptés qui touchoient le corps nous sont échappées.
Le dégoût du libertinage nous fait quelquefois naîtrel’envie de devenir dévots ; mais sommes-nous établis dans un état plus religieux et plus saint, nous passons la vie à vouloir comprendre ce qui ne sauroit être compris ; et il vient des temps desécheresse et de langueur, où l’on fait de fâcheuses réflexions sur le tourment qu’on se donne pour un bien opposé aux sens, peu connu à la raison, conçu faiblement par une foi incertaine et mal assurée. C’estde là que viennent les plus grands désordres des monastères. Quand la félicité qu’où promet aux religieux leur paroît douteuse, le mal certain qu’il faut souffrir leur devient insupportable.
Ladiversité des tempéraments a beaucoup de part aux divers sentiments qu’ont les hommes, sur les choses surnaturelles. Les âmes douces et tendres se portent à l’amour de Dieu, les timides se tournent à lacrainte de l’enfer, les irrésolus vivent dans le doute, les prudents vont au plus sûr, sans examiner le plus vrai ; les dociles se soumettent, les opiniâtres s’obstinent dans le sentiment qu’on leur adonné, ou qu’ils se forment eux-mêmes ; et les gens attachés à la raison veulent être convaincus par des preuves qu’ils ne trouvent pas.
Quand les hommes, disoit M. Wurtz1, auront retiré duchristianisme ce qu’ils y ont mis, il ny aura qu’une seule religion, aussi simple dans sa doctrine, que pure dans sa morale.
Comme nous ne recevons point notre créance par la raison2, aussi la raison ne nousfait-elle pas changer. Un dégoût secret des vieux sentiments nous fait sortir de la religion dans laquelle nous avons vécu : l’agrément que trouve l’esprit en de nouvelles pensées, nous fait...
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