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  • Publié le : 10 août 2010
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1 Le raisonnement et la pragmatique Ira Noveck CNRS-Institut des Sciences Cognitives, Lyon Guy Politzer CNRS- Laboratoire Cognition et Activités Finalisées, Université de Paris 8 On pourrait penser que les inférences pragmatiques constituent un objet d’intérêt prioritaire pour les psychologues, car ces inférences se manifestent dans presque tous leurs paradigmes expérimentaux. Mais cela n’a pastoujours été le cas. La littérature scientifique concernant le raisonnement, longtemps intéressée par les réponses normatives, a manifesté une tendance très nette à négliger l’analyse des réponses incorrectes, même celles douées d’un caractère pragmatique spécifique. Par exemple, comme on va le voir plus tard, selon une interprétation traditionnelle formelle de Si p alors q, il n’existe que deuxarguments valides associés à cette expression: Modus Ponens (Si p alors q; p // donc q) et Modus Tollens (Si p alors q; non-q // donc non-p). Dans les tâches typiques de raisonnement conditionnel les conclusions correctes sont basées sur la compréhension de ce genre de conditionnels. Cependant, une interprétation informelle (i.e. pragmatique) des énoncés Si-alors entraîne souvent des inférences noncorrectes du point de vue de l’analyse traditionnelle telles que la Négation de l’Antecedent (Si p alors q; non-p // donc non-q) ou encore l’Affirmation du Consequent (Si p alors q; q// donc p). Le fait de voir les inférences pragmatiques comme des réponses simplement incorrectes, sans chercher à en étudier la genèse, explique pourquoi la pragmatique a longtemps été reléguée à un rôle tout à faitmarginal dans la recherche sur le raisonnement. Cette vision de la pragmatique a toutefois changé. L’idée que les principes pragmatiques jouent un rôle dans le raisonnement, proposée dans deux de nos anciens articles (Politzer, 1986; Noveck, Lea, Davidson & O’Brien, 1991), est désormais acceptée dans la littérature psychologique. Ici, nous soutenons qu’on peut pousser une hypothèse sur lapragmatique encore plus loin. La pragmatique ne fait pas qu’affecter le raisonnement; elle représente aussi le prisme à travers lequel le raisonnement doit être analysé. Dans ce chapitre, nous nous proposons de démontrer deux choses. Dans la première partie, nous discutons deux tâches classiques de raisonnement afin de montrer comment la performance des sujets y est influencée en grande partie par desfacteurs conversationnels. Dans la deuxième partie, nous allons montrer comment les analyses pragmatiques peuvent apporter de nouvelles contributions à la littérature sur le

2 raisonnement. Cette approche en deux volets devra permettre de montrer la position centrale de la pragmatique dans le raisonnement humain. Les violations des principes conversationnels dans les tâches classiques Il y a unecertaine ironie dans le constat que l’intérêt récent pour la pragmatique a été suscité en partie par les affirmations de théoriciens fondées sur des tâches violant les normes de la conversation. Parmi eux, on trouve des poids lourds comme Piaget ou Kahneman et Tversky. Dans le cas de Piaget, ses tâches étaient créees pour rendre compte du développement logique, tandis que dans celui de Kahneman etTversky, il s’agit de plaider pour l’incapacité des adultes de raisonner de façon normative. Nous allons montrer, pour deux tâches désormais classiques, la fragilité de leurs preuves une fois qu’on leur applique une analyse conversationnelle. Le jugement: la question d'inclusion de classes chez l'enfant. On sait l'importance de l'inclusion de classes dans la théorie piagétienne: la réussite àl'épreuve d'inclusion est l'un des critères essentiels qui marque le passage du stade préopératoire au stade opératoire concret. C'est pourquoi pendant un quart de siècle, des années soixante aux années quatre-vingts, cette épreuve a été l'une des plus étudiées en psychologie du développement. Rappelons que dans la situation standard, on présente à l'enfant une planche comportant, par exemple, cinq...
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