Dissert.

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  • Publié le : 15 décembre 2010
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Par Philippe Béague, psychologue et psychanalyste, Président de l’Association Françoise Dolto
Françoise Dolto : une révolution avortée … Un choc Elles s’en souviennent encore, et sans doute sont-elles grands-mères aujourd’hui, de cette voix sur les ondes de France-Inter en ce milieu des années septante, qui, après les quelques notes de musique annonçant l’émission « Lorsque l’enfant paraît.. »,répondait calmement aux lettres inquiètes des mères désarçonnées par les réactions de leurs enfants. Sachant l’opération délicate (et on verra plus loin qu’elle avait raison), Françoise Dolto avait longtemps hésité à s’engager dans ce qu’on n’appelait pas encore la « pipolisation » d’une radio à grande audience, mais le désir l’emporta : celui de transmettre les convictions acquises par quaranteans d’écoute de la souffrance des enfants et des familles, et par là, de les éviter aux autres, et donc de prévenir plutôt que de guérir. Elle ne mesurait pas encore l’onde de choc qu’elle allait provoquer. Mais qu’est-ce qui ébranla à ce point tous ceux qui, séance tenante, arrêtaient toute activité, à 14 heures précises, ou rangeaient leur voiture sur le bas-côté « pour écouter Françoise » ?C’est qu’elle ne parlait pas de dressage mais d’éducation et à travers elle d’humanisation. C’est qu’elle ne parlait pas « des enfants », mais de l’enfant. Celui-là, unique et singulier, qu’elle tentait de comprendre à travers ses comportements qui dérangeaient sa mère, faisaient « honte » à son père, gênaient l’entourage… Celui-là qui disait son malaise, son désarroi, sa solitude, avec les moyens dubord – des « caprices », des pleurs, des colères, des vomissements, des insomnies, des chutes scolaires, des pipis au lit – puisqu’il n’avait pas « les mots pour le dire ». C’est que, petit à petit, chez ces adultes qui l’écoutaient, remontaient des émotions enfouies, des souffrances ravalées, des colères désespérées, des émotions niées, des sentiments d’impuissance ou d’injustice jamais exprimés.Toutes ces brimades que leurs propres parents, en toute bonne conscience, et dans la légitimité que leur conférait leur rôle de « dresseurs d’enfants », leur avaient, avec la meilleure volonté du monde, imposées. Françoise Dolto, ne tomba pas dans le piège des bons conseils et des recettes, des trucs et ficelles. Elle révélait plutôt, d’émission en émission, les secrets de l’âme enfantine, endonnant les clés d’accès à la compréhension du mystère que chaque enfant est pour les autres et même pour lui-même. Elle relevait par là le défi de ne pas réduire l’éducation à de la mécanique, mais d’en remonter le cours, d’en saisir le sens, de l’inscrire dans une créativité relationnelle, interactive, langagière au service de l’immense potentiel que chaque enfant recèle. Un potentiel parfois étouffépar un symptôme qui sert de bâillon pour une souffrance qui ne peut pas se dire. Et les gens le comprirent très vite. Les lettres qu’elle recevait ne se réduisaient plus à des formules lapidaires « mon fils a cinq ans et il fait toujours pipi au lit ! Que dois-je faire ? », mais décrivaient toutes les circonstances qui avaient présidé à la naissance de cet « enfant-là » : la place de sesgrands-parents, le désir du père de l’avoir ou pas, l’antécédent d’un autre enfant mort-né avant sa propre naissance, la honte de son attente « hors mariage », la haine ravalée vis-à-vis d’une petite sœur « préférée de Papa », le dégoût face à ce nouveau-né inattendu ou trop attendu, le baby blues et la culpabilité de ne pas l’aimer, la hantise de ne pas être une bonne mère, le désarroi de devoirs’inventer mère lorsqu’on a perdu la sienne toute petite et qu’on est à jamais privée d’un « modèle »,… Parfois des lettres de vingt pages que bien sûr Françoise Dolto lisait mais auxquelles elle répondait hors antenne par quelques lignes disant en bonne psychanalyste « Cette femme, en détaillant tout ça, a fait elle-même son chemin. Elle n’a plus besoin de moi. ». Le revers de la médaille Qu’est-ce...
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