Dissertatiion

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Corpus
- Texte A. François René de Chateaubriand (1768-1848), Mémoires d’Outre-Tombe, première partie, livre III, chapitre 10, extraits
(1848-1850)
- Texte B. Gérard de Nerval (1808-1855), Sylvie, chapitre 2, extrait (1854)
- Texte C. Théophile Gautier (1811-1872), La Morte amoureuse, extrait (1836)
Texte A. François René de Chateaubriand, Mémoires d’Outre-
Tombe, première partie, livreIII, chapitre 10, extraits (1848-1850)
Le chapitre 10 correspond à l’année 1784.
Fantôme d’amour
Je me composai donc une femme de toutes les femmes que j’avais vues : elle avait la taille, les cheveux
et le sourire de l’étrangère qui m’avait pressé contre son sein ; je lui donnai les yeux de telle jeune fille du
village, la fraîcheur de telle autre. Les portraits des grandes dames du temps deFrançois 1er, de Henri IV et
de Louis XIV, dont le salon était orné, m’avaient fourni d’autres traits, et j’avais dérobé des grâces jusqu’aux
tableaux des Vierges suspendues dans les églises.
Cette charmeresse me suivait partout invisible ; je m’entretenais avec elle, comme avec un être réel ; elle variait
au gré de ma folie : Aphrodite sans voile, Diane vêtue d’azur et de rosée, Thalie aumasque riant, Hébé1 à la
coupe de la jeunesse, souvent elle devenait une fée qui me soumettait la nature. Sans cesse, je retouchais ma
toile ; j’enlevais un appas à ma beauté pour le remplacer par un autre. Je changeais aussi ses parures ; j’en
empruntais à tous les pays, à tous les siècles, à tous les arts, à toutes les religions. Puis, quand j’avais fait un
chef-d’oeuvre, j’éparpillais de nouveaumes dessins et mes couleurs ; ma femme unique se transformait en une
multitude de femmes, dans lesquelles j’idolâtrais séparément les charmes que j’avais adorés réunis.
1. Aphrodite, Diane, Thalie, Hébé : déesses de la mythologie gréco-romaine. Aphrodite est la déesse grecque de la Beauté et de l’Amour, Diane est la déesse romaine
chasseresse, Thalie est la muse de la comédie, Hébé personnifiela jeunesse.
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Pygmalion fut moins amoureux de sa statue : mon embarras était de plaire à la mienne. Ne me reconnaissant
rien de ce qu’il fallait pour être aimé, je me prodiguais ce qui me manquait. Je montais à cheval comme Castor
et Pollux ; je jouais de la lyre comme Apollon ; Mars2 maniait ses armes avec moins de force et d’adresse :
héros de roman oud’histoire, que d’aventures fictives j’entassais sur des fictions ! Les ombres des filles de
Morven3, les sultanes de Bagdad et de Grenade, les châtelaines des vieux manoirs ; bains, parfums, danses,
délices de l’Asie, tout m’était approprié par une baguette magique. […]
Au sortir de ces rêves, quand je me retrouvais un pauvre petit Breton obscur, sans gloire, sans beauté, sans
talents, quin’attirerait les regards de personne, qui passerait ignoré, qu’aucune femme n’aimerait jamais,
le désespoir s’emparait de moi : je n’osais plus lever les yeux sur l’image brillante que j’avais attachée à
mes pas.
Texte B. Gérard de Nerval, Sylvie, chapitre 2, extrait (1854)
Le narrateur, après avoir vu au théâtre Aurélie, une actrice dont il est épris, rentre chez lui et tombe dans une
« demi-somnolence». Dans cet état ambigu, il se remémore un souvenir de jeunesse presque oublié.
Je me représentais un château du temps de Henri IV avec ses toits pointus couverts d’ardoises et sa face
rougeâtre aux encoignures dentelées de pierres jaunies, une grande place verte encadrée d’ormes et de
tilleuls, dont le soleil couchant perçait le feuillage de ses traits enflammés. Des jeunes filles dansaient enrond sur la pelouse en chantant de vieux airs transmis par leurs mères, et d’un français si naturellement
pur, que l’on se sentait bien exister dans ce vieux pays du Valois, où, pendant plus de mille ans, a battu le
coeur de la France.
J’étais le seul garçon dans cette ronde, où j’avais amené ma compagne toute jeune encore, Sylvie, une petite
fille du hameau voisin, si vive et si...
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