Dissertation gratuite

RECHERCHES QUALITATIVES – Hors Série – numéro 5 – pp. 4-17.
Actes du colloque RECHERCHE QUALITATIVE : LES QUESTIONS DE L’HEURE
ISSN 1715-8702 - http://www.recherche-qualitative.qc.ca/Revue.html
© 2007 Association pour la recherche qualitative
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Constructivisme/positivisme :
Où en sommes-nous avec cette opposition?
Véronique Nguyên-Duy, Ph.D.
Université Laval
Jason Luckerhoff, doctorantUniversité Laval
Résumé
Après plus de vingt ans de débats, parfois houleux, autour de cette opposition, la
difficulté que nous semblons éprouver à en disposer constitue le problème séminal de
notre présentation. Comment expliquer en effet que perdure ainsi un débat fondé sur
une opposition conceptuelle dont la pertinence peut aisément être mise en question? Le
Constructivisme ne s'opposepas au positivisme, loin s'en faut. Suggérer le contraire
induit un télescopage conceptuel qui tend à amalgamer constructivisme, subjectivisme,
relativisme et recherche qualitative dans un tout dont la principale caractéristique serait
d'entrer en opposition radicale avec un autre ensemble résultant cette fois de
l'amalgame du positivisme, du réalisme et des sciences dites exactes. Dans ce jeud'opposition, on présume des visées poursuivies et on préjuge de l'éthique et de la
capacité à dire vrai; on joue le tout contre le tout dans une rhétorique qui tend à induire
et réitérer de fausses conceptions. Ainsi, de nombreux chercheurs se réclamant du
constructivisme semblent confondre le constructivisme scientifique et la construction
de l'objet scientifique et, partant, les niveauxontologique, épistémologique et
méthodologique en ce qui concerne la construction.
Mots clés : ÉPISTÉMOLOGIE, PARADIGME, CONSTRUCTIVISME, POSITIVISME
Introduction
On nous a invités à nous saisir de la question Positivisme / constructivisme : où
en sommes-nous avec cette opposition? D’entrée de jeu, nous avons été frappés
par la pérennité de ce débat qui, après tant d’années, nous semblepourtant
perdre de son intérêt. Pourquoi s’interroger, encore et toujours, sur cette
opposition? Qu’est-ce qui nous empêche d’en disposer? Ce sont les questions
qui fondent la réflexion que nous proposons aujourd’hui.
NGUYÊN-DUY & LUCKERHOFF / Constructivisme/ positivisme… 5
Nous sommes en effet d’avis que la question qui se pose désormais est
moins de connaître l’état d’évolution de ce débatque de comprendre ce qui
nous retient d’en sortir. Afin d’éclairer cette question, nous réfléchirons tout
d’abord aux débats qui ont présidé à la mise en place du paradigme
constructiviste. Dans un deuxième temps, nous nous pencherons sur les
principales avancées méthodologiques qui ont marqué la constitution du
courant de la recherche qualitative. Enfin, nous nous interrogerons sur lestenants et aboutissants de ce mouvement fédérateur ainsi que sur les avenues
qui s’offrent aujourd’hui aux chercheurs qualitatifs.
Les fondements du constructionnisme
Le constructivisme est un courant qui trouve ses fondements dans un certain
nombre de discussions relatives à la notion même de construit en science, au
caractère déterministe ou contingent du savoir, aux herméneutiques – deréfutation ou de dévoilement – qui fondent la réflexion scientifique, aux
différences entre les sciences naturelles et sociales de même qu’entre les
critères de vérité et de valeur.
Nous inspirant en cela de Hacking (2001), nous privilégions le terme
constructionnisme au terme constructivisme. En effet, le recours à la métaphore
du construit ne date pas d’hier et l’usage du terme constructivisme,bien
qu’ayant gagné l’adhésion générale, se fait généralement sans prendre en
considération les divers usages du concept de construction. À plusieurs égards,
on peut considérer la Critique de la raison pure comme une rampe de
lancement pour le concept de construction. Dans la foulée des propositions
Kantiennes, « la métaphore de la construction a servi à exprimer beaucoup
d’autres formes...
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