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  • Publié le : 3 juin 2012
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Docteur C. JEANDENANS CENTRE PSYCHOTHERAPIQUE DE L’AIN Unité Henri EY 01000 BOURG EN BRESSE

ETHIQUE DU SOIN, SEXUALITE ET INSTITUTION

En préambule, il est nécessaire de signifier la difficulté de « la » question que pose la sexualité dans les institutions, difficulté portant sur deux points principaux : 1) La vastitude du sujet qui ouvre le questionnement sur des couples dialectiques (parexemple : sphère intime et sphère publique, individu et institution, transgressions et limites, faillibilité humaine et loi institutionnelle, responsabilité individuelle et vulnérabilité personnelle), et 2) Le tabou qui règne, encore et toujours, sur le sujet du « sexuel », zone d’ombre au sein des institutions, en l’occurrence pour ce qui nous concerne, à l’hôpital psychiatrique. On en parlepourtant, de la sexualité à l’hôpital psychiatrique ; on la lit aussi. L’article paru en 1998 dans un journal féminin « bien connu » et dont le titre, racoleur pour le moins, se trouvait être : « J’ai couché avec mon psy », en est un exemple parlant. Cette « affaire », bien gênante pour « les psys », comme on nous appelle, avait valu au Docteur S., psychiatre, de se voir interdire par la sectiondisciplinaire du Conseil National de l’Ordre des Médecins, d’exercer la médecine pendant quatre mois pour avoir eu des relations « intimes » avec une de ses patientes. Le Conseil d’Etat avait rejeté en décembre 2000, le pourvoi en cassation et s’était positionné en faveur de la sanction du Conseil de l’Ordre, invoquant, je cite : « que le Docteur S. avait acquis un ascendant moral sur une patiente […] ;que même s’il ne semble pas en avoir conscience, ce médecin s’est rendu coupable d’un abus de pouvoir […] ; qu’un médecin ne peut avoir de telles relations avec un ou une patiente en thérapie. Leurs rapports sont bien trop déséquilibrés, le second étant sous l’entière dépendance du premier. Les règles d’éthique qui s’imposent à la profession de médecin interdisent à ceux-ci par exemple d’abuserde la faiblesse d’un de leurs patients pour tenter soit de lui soutirer de l’argent (CE 18/07/1973, Sebag), de s’approprier les recherches intellectuelles d’autrui (CE 30/01/1980 – Valery) ou lui imposent d’éviter toutes violences physiques dans ses relations avec un patient et/ou sa famille (11/06/1975 – Dame Barbet) […]. Le médecin psychiatre ne peut abuser, même inconsciemment, de la position defaiblesse de son patient qui s’est totalement livré psychologiquement à lui en raison de la thérapie. La violation de principes fondamentaux, c’est-à-dire de l’éthique médicale, est contraire à l’honneur de la profession et donc non amnistiée ». Texte pour le moins représentatif de notre sujet ; où se concentre les différentes questions autour de l’abus de pouvoir, de l’emprise, de laresponsabilité, de la conscience soignante, etc… Là, il est aussi question des principes éthiques, qui prévalent, tiercisent, harmonisent, et adoucissent le rapport si complexe entre soignant et soigné, au creux de l’intime, soit dit la sexualité et son pendant le rapport sexuel. Deux directions de réflexions apparaissent : 1) Ce qui est interdit, « inter-dit » : la loi [et ses rejetons (règles, règlements,codes)] fondatrice, structurelle, restant faite pour penser à partir de l’instant où elle est édictée comme limite, ce qui ouvre à l’institutionnel et à son cadre. 2) Ce qui est déséquilibré entre patient et soignant, ce qui en quelque sorte reste dissymétrique. Cette dissymétrie, cette non-réciprocité absolue (dont parle E. Levinas) renvoie à notre responsabilité première, assujetissante presquepour l’ego qui œuvre malgré tout, si difficile à porter parfois au vu de la complexité du rapport soignant en psychiatrie. Ici, dans nos institutions, se joue – et l’on pourrait facilement l’oublier devant la charge de travail, l’épuisement qu’elle amène, etc… – le rapport subtil des deux inconscients : celui du patient en souffrance, celui du soignant en état de responsabilité malgré et au-delà...
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