Dissertation jp sartre

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 6 (1260 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 5 janvier 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
Jean-Christophe Rufin DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE

L’écrivain, ancien ambassadeur à Dakar, souligne que les techniques modernes de communication ont affaibli le contenu des échanges épistolaires entre les capitales et leurs ambassades.
Seuls
Restent

La fuite à grande échelle organisée par le site WikiLeaks a attiré l’attention sur ce qu’il est convenu d’appeler « la correspondancediplomatique ». Ces messages échangés en permanence entre les capitales et leurs ambassades à travers le monde sont depuis toujours matière à fantasme. Chacun y trouve son compte. Le commun des mortels a la satisfaction de croire que ces messages sont les instruments du complot qu’il imagine volontiers derrière le grand théâtre de la politique internationale. Quant aux diplomates, ils conservent un peu deleur mystère et donc beaucoup de leur pouvoir, malgré le constant affaiblissement de leur rôle, en laissant entendre qu’ils sont non seulement les détenteurs mais même les producteurs de précieux secrets.
Qu’en est-il en réalité ? La correspondance diplomatique a beaucoup changé au cours du temps. Les facilités que lui procurent les techniques modernes de communication l’ont rendue à la fois plusefficace et de moindre valeur. Lorsque, jadis, une dépêche manuscrite traversait les steppes ou les mers et parvenait au ministre, le poids des mots qu’elle contenait était décuplé par leur rareté. La dépêche reflétait l’état d’un lieu lointain, la pensée d’un monarque, les turbulences d’un peuple. Et elle le faisait sans la concurrence d’autres sources. Aujourd’hui, le flux d’informations enprovenance des postes diplomatiques est continu et il se fait comme on a coutume de le dire « en temps réel ». Une ambassade communique maintenant en permanence avec sa capitale par ces moyens ordinaires et immédiats que sont le téléphone et le courrier électronique. On sait que certains pays sont capables d’intercepter ces messages. Comme la plupart ne comportent pas de caractère confidentiel, iln’y a pas d’inconvénient à utiliser des moyens surveillés pour les envoyer. Dans les cas de crises aiguës et pour des conversations sensibles, des lignes téléphoniques cryptées, assez commodes quand elles ne sont pas en panne, permettent à l’ambassadeur de tenir avec son ministère ou des conseillers politiques des conversations très libres.
Seule deux moyens sont absolument spécifiques à ladiplomatie : la valise diplomatique et les télégrammes. La valise est trop lente pour constituer un instrument de travail au quotidien. Sa périodicité se compte en semaines. Elle permet de faire passer des notes, du courrier de service ou personnel, des documents originaux, comme les lettres que chefs d’État et ministres adressent à leurs homologues. Mais cette transmission protocolaire est sidifférée que le contenu des lettres officielles est d’abord communiqué par courrier électronique afin que son destinataire puisse en être avisé directement. L’original n’est là que pour l’Histoire. Bref, la « valise » est un complément utile plus qu’un instrument de travail.
Restent les sacro-saints « télégrammes », ceux que WikiLeaks a publiés en masse quand Le Canard enchaîné s’est fait, lui, unespécialité de les livrer au détail.
Lointains descendants des anciens « câbles télégraphiques », dont ils tirent leur nom, les télégrammes n’ont plus la forme imprimée qui faisait leur charme (sauf pour l’ambassadeur qui continue d’en recevoir deux « collections » par jour). On les consulte sur l’écran de l’ordinateur et, avec les nouveaux logiciels en cours d’installation, ils se distingueront àpeine dans la forme des courriels ordinaires. Deux qualités, pourtant, les rendent spécifiques au réseau diplomatique : ils sont transmis par voie chiffrée et ils font foi.
Les techniques de chiffrage sont aujourd’hui très sophistiquées et sûres. Les fuites sont pourtant courantes. Pourquoi ? Simplement parce qu’à la source et à l’arrivée il y a des êtres humains. Même en nombre limité, les...
tracking img