Dissertation marivaux

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Le dire et le dit

dans La Surprise de l’amour

de Marivaux

Jean-François Castille

Université de Caen Basse-Normandie

EA 4256 LASLAR

jeanfrancois.castille@dbmail.com

Résumé :

Dans le sillage des études consacrées au fonctionnement du langage dans le théâtre de Marivaux,

cette contribution se propose d’examiner quelques eff ets du désengagement énonciatif dansquelques répliques de La Surprise de l’amour .

Abstract :

Some studies were already devoted to the functions of language in Marivaux’s theater. h is contribution intend to analyse the refusal of enunciative involvement in some cues of La Surprise de

l’amour .

De l’enquête stylistique intitulée Une Préciosité nouvelle – Marivaux et le marivaudage ,

publiée il y a plus de 50 ans parF. Deloff re, on tire aujourd’hui un bilan contrasté.

Par un recours complaisant au vocable « marivaudage », elle légitime la lecture,

de nos jours contestée, selon laquelle les intrigues marivaudiennes se réduisent à

un plaisant badinage, mettant en scène des fi gures évanescentes vouées au culte

gratuit de l’élégance creuse et du raffi nement superfi ciel. Par réaction, d’autreslectures parlèrent, à l’inverse, du « réalisme » du théâtre de Marivaux et insistèrent

sur la consistance charnelle des personnages, sur les dimensions de la séduction et

du désir



Mais cette controverse sur le « marivaudage » de Marivaux ne doit pas .

occulter un apport incontestablement plus fécond du travail de Deloff re, qui eut,

entre autres mérites, celui d’attirer l’attentionsur l’importance du phénomène

langagier dans la dynamique dramaturgique de son écriture théâtrale. L’inventaire

grammatical et lexical qui dégage les spécifi cités de la langue de Marivaux est

complété par une étude visant à mettre en lumière un certain nombre de constantes

. Voir, par exemple, Paul Gazagne, Marivaux par lui-même , Paris, Seuil (Écrivains de toujours),

1954.–  –Jean-François Castille

d’écriture qui règlent le fonctionnement de son langage dramatique. Prenant au mot

Marmontel qui reproche à Marivaux (qu’il n’aimait pas) de faire prévaloir le mot

sur la chose, Deloff re recense méthodiquement tous les phénomènes de reprise des

mots du protagoniste en distinguant les diff érentes confi gurations grammaticales :

soit que le mot est repris àl’identique, soit qu’il est repris par dérivation d’une

autre catégorie, soit qu’il est repris par antithèse, etc. Bref, un tel examen délivre

une leçon indiscutablement précieuse, à savoir que la reprise constitue un régime

d’enchaînement des répliques caractéristique de l’écriture marivaudienne (à tel

point, par exemple, qu’il devient le moteur dramaturgique de la scène d’expositionde La Double Inconstance ). Au-delà même du recensement, certes très utile, il est

certain que ce type de phénomène gagne à être étudié à la lumière des catégories

plus récentes proposées par J. Authier-Revuz dans son analyse de l’hétérogénéité

discursive qui distingue entre hétérogénéité montrée et constitutive. Dans cette

perspective, les phénomènes de reprise relèvent del’hétérogénéité montrée et l’on

voit comment la notion de modal isation autonymique pourrait être opératoire pour

évaluer le type de distance que prend à chaque fois le personnage vis-à-vis des mots

de l’autre. Reprenant la terminologie de J. Rey-Debove, D. Maingueneau préfère

quant à lui « connotation autonymique » pour désigner « ce cumul entre la mention

et l’usage »



Plus largement,un travail d’ensemble sur la polyphonie à l’œuvre .

dans l’écriture théâtrale de Marivaux reste encore à faire. Entre le marivaudage qui

semble réduire le fait langagier à un jeu verbal subtil et raffi né et l ’option inverse du

« réalisme » qui semble s’en désintéresser pour ne privilégier que l’étude des situations

et des personnages, la place réelle du langage dans le théâtre...
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