Dissertation sur le nouveau roman

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  • Publié le : 28 juin 2011
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Sujet

"Avant l'oeuvre il n'y rien, pas de certitude, pas de thèse, pas de message. Croire que le romancier a "quelque chose à dire" et qu'il cherche ensuite comment le dire, représente le plus grand des contresens. Car c'est précisément ce "comment", cette manière de dire, qui constitue son projet d'écrivain, projet obscur entre tous et qui sera plus tard le contenu douteux de son livre." Vousanalyserez et commenterez ce propos d'Alain Robbe-Grillet ("Pour un nouveau roman", 1963) en vous appuyant sur des exemples précis.

Intro
Le roman, l’art du roman, a pour origine concrète un mode de langage transitoire, intermédiaire, médiateur : la langue romane. Informe, instable, le roman a pourtant assuré le lien entre le latin et le français Ŕ auquel le ferment du roman fut nécessairepour établir son originalité, sa cohérence grammaticale, son pouvoir conceptuel et esthétique. Le roman comme œuvre a accompagné le roman, langue parlée, vernaculaire, dans ce travail de transformation : le processus, entamé au XIIème siècle, réalise le passage du mythique au prosaïque, du Héros au Personnage. Le roman destiné originellement à actualiser un héros, puis à distinguer un personnage ducommun des mortels, va ainsi poser la question des rapports ou des interférences entre la réalité et l’imagination, mais aussi celle du temps qui le parcourt. Temportalité Ŕ réalité Ŕ imagination : telles sont les sphères d’étude de l’écriture romanesque traditionnelle, à travers lesquelles on envisage le décryptage de l’histoire racontée. Cela suppose cependant que l’auteur ait quelque chose àdire, un projet en amont de l’écriture elle-même, auquel l’écriture va être asservie : l’histoire, « la chose racontée » est alors la direction maîtresse et ce qui fait sens, et l’écriture, le vecteur chargé de transmettre ce message. Pourtant, si l’on en croit Alain Robbe-Grillet, postuler que le romancier a quelque chose à dire et qu’il cherche ensuite comment le dire « [est un] contresens » car «avant l’œuvre il n’y a rien (…) » et le « (…) projet d’écrivain, projet obscur entre tous et qui sera plus tard le contenu douteux de son livre », c’est la « manière de dire » bien plus que ce qui est dit. Une telle assertion bouleverse fondamentalement la donne et l’on est en droit de rétorquer que la plupart des romans sont au contraire pensés en fonction de ce que l’auteur a voulu dire et quele projet du romancier est bien là : laissez-moi vous raconter une histoire, j’ai quelque chose à vous dire. Néanmoins, ce même « on » qui s’insurge doit reconnaître que bon nombre d’autres œuvres échappent à ce diktat logique apparent et donnent la primauté à l’écriture sur l’histoire, les personnages ou d’hypothétiques thèses à défendre. A bien y regarder, les deux postures ne seraient-elles paslimitées toutes deux, toutes deux presque étriquées ? Le « quelque chose à dire » et la « manière de dire » ne seraient-ils pas en fin de compte inéluctablement indissociables ?

I Ŕ La genèse de l’œuvre : quelque chose à dire, un message, une thèse A) Le courant littéraire, le genre, le but : ce sont déjà des projets a) un auteur se spécialise souvent dans un genre donné, précis : il sait doncpar avance ce qu’il va dire. Romans policiers par exemple ou le fantastique pour Gauthier ; le cas spécifique de l’autobiographie : d’évidence, on a la matière du livre avant d’en avoir la manière ; on a même un contrat avec le lecteur avant de commencer le récit ! Rousseau par exemple

b) appartenir à un courant littéraire, c’est déjà également avoir un projet, des idées à mettre en œuvre :Chateaubriand et le Romantisme par exemple dans le cas des Mémoires d’outre-tombe (thèmes du souvenir, de la fuite du temps, du « moi ») c) le but poursuivi est également un projet en amont de l’écriture car il impose des choix narratifs quant à l’intrigue, les personnages ou les lieux tout autant qu’à l’écriture : la trame du Roman comique de Scarron par exemple prend le contrepied des clichés...
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