Dissertation sur robbe-grillet et ponge : esthétique de l’objet au xxème siècle

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J. E. Murray 3 mai 2000

Licence de Lettres Modernes

Esthétique de l’objet au XXème siècle

Sujet I : Francis Ponge s’adressant à ses lecteur dans l’avant-propos du Savon, tient à les prévenir : “Vous serez étonnés peut-être [...] des fréquentes, des fastidieuses répétitions que comporte le présent texte [...] eh bien, dois-je m’en excuser ? Non. Je n’aime pas beaucoupm’excuser, et puis, après tout, ces façons, ces manières que vous admettez fort bien, n’est-ce pas, en matière de musique, ces répétitions, ces reprises da capo, ces variations sur un même thème, ces compositions en forme de fugue que vous admettez fort bien en musique [...] pourquoi nous seraient-elles, en matière de littérature, interdites ?”
Vous montrerez comment chez Robbe-Grillet comme chez FrancisPonge, la conception du texte comme objet implique et justifie une écriture de la répétition sur le modèle musical.

Francis Ponge et Alain Robbe-Grillet cherchent à briser les conventions, qui du langage, qui des formes narratives romanesques, avec des ambitions et des intentions parfois divergeantes ; mais leur conception du texte comme objet les emmène tous deux vers uneesthétique de la répétition sur le modèle musical.

Le texte est un objet travaillé (comme en témoigne la mise en abyme des manœuvres qui réparent le pont dans La Jalousie) – et presque scientifiquement en ce qui concerne Robbe-Grillet ; c’est le fruit d’une évolution artistique. Le livre est un matériau, une pierre qui participe de l’édification d’une nouvelle littérature, et leromancier n’est plus le représentant d’une époque, il n’est plus au service d’une politique (dans toute l’acception du terme – c’est-à-dire que sa vocation n’est pas de moraliser ou d’éduquer la cité, ni selon des principes personnels, ni selon ceux d’un pouvoir étatique). Certes, l’œuvre doit avoir – et a – un sens, elle atteint un certain aspect de la sensibilité, mais il s’agit là d’un nouveau pactede lecture, qui affirme, sans ambiguïté aucune, l’autonomie du texte. Il est semé d’embûches, et ne transigera pas, ne fera aucune concession ; c’est maintenant au lecteur de faire la – plus importante – partie du chemin.
La passivité, l’indolence, qui était tolérée pour la littérature classique, n’est désormais plus de mise, car elle mènerait tout droit à l’incompréhension – cequi n’est absolument pas le but recherché par ces auteurs qui, certes, gardent un caractère entier et absolu, et préservent leur texte de toute gratuité, mais tentent malgré tout d’établir ce lien – nouveau – nécessaire, cette complicité avec un lecteur nouveau – qu’il ne faut surtout pas négliger ou mésestimer, car si la philosophie et la littérature de la deuxième moitié du siècle ont fait un pasimmense vers plus de libertés, et moins d’artifice, le lectorat, qui a vu des révolutions sociales, psychologiques, extraordinaires, a lui aussi évolué. Le texte est un tout, une sorte de monde à part, vivant en autarcie – il impose même ses propres références intra-textuelles.
Un aspect remarquable de La Jalousie de Robbe-Grillet est l’absence quasi totale de psychologie (malgréle titre, qui est plus ironique que prometteur d’une certaine subjectivité, et annonce presque en fait un axe de lecture), d’histoire rationnelle – c’est-à-dire plus précisément, romanesque  ; elle se résume à quelques situations (le voyage en ville, les discussions autour du roman africain), à quelques vagues traits de caractère, qui évoquent presque la commedia dell’arte ou le théâtre deboulevard par leur nature univoque, archétypale (le mari jaloux, la jeune femme un peu secrète, un peu inaccessible, et l’ami-amant maladroit). Le lecteur déstabilisé, s’il est persévérant, ne peut que se raccrocher au texte, seul élément stable – ce qui ne veut pas dire simple – concret, palpable.
Francis Ponge, lui, est moins au service d’une “rhétorique” que d’une esthétique et...
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