Dissertation l'artiste et son oeuvre

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 8 (1850 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 2 décembre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
« Il n’y a pas de sujets. Il n’y a qu’un sujet : celui qui écrit.
L.-P. F. »

Introduction 
« Madame Bovary c’est moi » s’écriait Flaubert ; il rappelait ainsi la part de l’écrivain dans sa création. En effet, on dit souvent que l’artiste met toujours un peu de lui-même dans ses œuvres. C’est ce que Léon-Paul Fargue exprimera dans La Lanterne magique : « Il n’y a pas de sujets. Il n’y aqu’un sujet : celui qui écrit. » Cette phrase nous invite à mener une réflexion sur la relation entre l’auteur et son œuvre. Cependant, Léon-Paul Fargue va plus loin que Flaubert, car, par une éloquente réduction du pluriel au singulier, le poète semble nier la possibilité d’une création purement originale, absolument indépendante de la personnalité de l’auteur. Cette affirmation n’est-elle pas tropradicale ? Pour discuter le problème que cette assertion soulève, il nous faudra étudier l’œuvre comme expression de l’intériorité de l’auteur, après quoi nous nous demanderons si l’écriture du moi s’accorde bien au singulier. Enfin, nous verrons que l’œuvre littéraire est avant tout le lieu de la création démiurgique.


I) L’œuvre comme expression de l’intériorité de l’auteur
a) Dans sanature même ; l’œuvre littéraire est la création d’une conscience originale et singulière, et est forcément empreinte de l’intériorité de cette conscience en tant qu’elle en est le produit. On met toujours un peu de soi dans ses œuvres, c’est ce qu’exprime Julien Green lorsqu’il s’écrie : « Voici la vérité sur ce livre: je suis tous les personnages ». Pour écrire Bouvard et Pécuchet, Flaubertdévorera des dizaines de volumes : n’est-ce donc pas de lui-même qu’il se moque lorsqu’il se plaît à tourner en dérision la « bêtise encyclopédique » de ses deux héros ? On le voit, c’est volontairement ou bien malgré lui que l’auteur dévoile son intériorité dans son œuvre.

b) Ce postulat est pleinement assumé par certains auteurs, comme les romanciers du moi, qui ont bâti des œuvres entières surl’affirmation résolue de l’originalité fondamentale de l’individu. Ainsi Chateaubriand entreprendra dans les Mémoires d’outre-tombe d’ « expliquer son inexplicable cœur ». Il est le peintre de ses propres états d’âmes et avec lui apparaît tout un genre : le roman autobiographique. Mais le genre autobiographique ne se limite pas au roman, car la poésie peut se faire le lieu de l’exposition du moi.Ainsi Rimbaud livrera, dans Une saison en enfer, quelques feuillets de son « carnet de damné ». Les contemplations d’Hugo sont les « Mémoires d’une âme », à mi chemin entre le recueil lyrique et le récit autobiographique. Léon-Paul Fargue disait sa tristesse désabusée avec une poésie en prose concise, d’une simplicité émouvante.

c) Pour certains romanciers, le personnage est même unporte-parole de leurs opinions. Il en va ainsi pour Edouard, qui, dans les Faux-monnayeurs, expose avec précision les conceptions de Gide en matière de littérature à travers les pages de son journal. Mais Edouard est bien plus qu’un porte-parole ; par la technique de la mise en abyme, c’est bien lui-même, en tant que romancier pris dans l’acte d’écrire, que Gide tente de capturer, de saisir. Lespersonnages peuvent également exprimer les opinions politiques ou sociales de leur auteur : Georges Sand livre, avec ses romans champêtres, une vision idéalisée de la condition paysanne.

TR : Il est dans la nature même de l’œuvre littéraire d’être empreinte de l’intériorité de son auteur, dans une plus ou moins large mesure. Mais si toute écriture est quelque part une écriture du Moi, cela veut-ilpour autant dire qu’il n’y a « qu’un sujet » ? L’écriture du Moi s’accorde-t-elle au singulier ?
II) L’écriture du moi s’accorde-t-elle au singulier ?
a) Les écritures du moi, dans leur projet même, confirment et rendent caduques tout à la fois l’affirmation de Léon-Paul Fargue ; car si le sujet des romans autobiographiques est bien « celui qui écrit », ce n’est pas pour autant qu’il est...
tracking img