Dissertation

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 22 (5308 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 6 décembre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Autour d’Illusions perdues : illusions / désillusions balzaciennes
Titre singulier que celui d’Illusions perdues : hapax grammatical dans l’ensemble de La Comédie humaine qui déploie noms propres (d’Eugénie Grandet à Z. Marcas) et syntagmes composés de noms communs précédés ou non d’articles, suivis ou non de compléments (Le Médecin de campagne, Splendeurs et misères des courtisanes, Les Secretsde la princesse de Cadignan, Un début dans la vie…). Cette singularité morphologique, voulue par Balzac dès la première partie d’Illusions perdues conçue en 1836, recouvre en fait une expérience commune désignée comme telle par les personnages balzaciens. « J’ai perdu toutes mes illusions », déclare Anastasie de Restaud lorsqu’elle effectue le bilan de sa vie au chevet du Père Goriot mourant. Lemême stéréotype se retrouve sous la plume de Mme d’Espard qui répond par ce cliché ironique à Mme de Bargeton, dans Un grand homme de province à Paris : » Elle était heureuse d’une circonstance qui rapprochait de la famille une personne de qui elle avait entendu parler, et qu’elle souhaitait connaître, car les amitiés de Paris n’étaient pas si solides qu’elle ne désirât avoir quelqu’un de plus àaimer sur la terre ; et si cela ne devait pas avoir lieu, ce ne serait qu’une illusion à ensevelir avec les autres. » Illusions perdues conviendrait assez comme titre d’une romance ou d’une gravure romantiques. C’est bien cette valeur allégorique qui a frappé les visiteurs du Salon de 1843, arrêtés devant le tableau du peintre Charles-Gabriel Gleyre, intitulé « Le Soir », et rebaptisé « LesIllusions perdues ». Si l’on en croit le Grand Larousse Universel du XIXème siècle : » […] le public lui a donné le titre qui lui convient, Les Illusions perdues, et c’est sous ce titre qu’[il] a été gravé par M. Ch. Carey. » Que représentait « Le Soir » ? « Un homme, parvenu à la maturité de l’âge, un poète, un rapsode, qui a passé sa jeunesse à poursuivre l’idéal, s’est assis, voyageur lassé, au bordde la mer, image de l’infini. Sa main laisse échapper sa lyre ; son front soucieux se penche, ses lèvres se plissent avec amertume ; son regard, plein de tristesse, se tourne vers les flots azurés, sur lesquels glisse une barque, qui emporte tout un essaim de femmes jeunes et belles, couronnées de fleurs et chantant quelque céleste cantique. Ces femmes, ou plutôt ces divinités, éternellementgracieuses, éternellement souriantes, sont les Illusions, qui abandonnent le poète. Elles forment trois groupes charmants. L’une d’elles est adossée à gauche, près de la proue, au mât qui soutient la voile gonflée par une brise légère ; elle est vêtue d’une robe parsemée d’étoiles ; elle

22

tient un cahier de musique, et chante, les yeux levés vers le ciel. Une de ses compagnes la regarde, assisesur le bord de la barque et nous tournant le dos. Une troisième, debout près de la première, joue de la harpe. Cinq autres sont assises au milieu de l’embarcation ; l’une, vue de face, le visage inspiré, la chevelure rejetée en arrière, chante, ayant à la main un long cahier de musique ; ses deux voisines semblent rêver ; une quatrième a les yeux fixés sur le cahier ; la cinquième applaudit ennous regardant. Le dernier groupe est debout : deux jeunes femmes se tiennent embrassées, l’une grave et pensive, portant une palme, l’autre regardant le ciel et chantant ; une troisième joue de la harpe, le genou appuyé sur le rebord de l’embarcation, où est assis un génie ailé, l’Amour sans doute, qui s’appuie nonchalamment sur une rame et laisse tomber dans l’eau les fleurs qu’il arrache d’unecouronne. C’est le soir ; le soleil vient de disparaître ; le croissant de la mélancolique Phoébé se dessine dans le pâle azur du firmament ; une bande d’oiseaux voyageurs s’éloigne et se perd dans les profondeurs éthérées. A droite, derrière le rapsode morne et désespéré, le rivage s’efface dans les vagues lueurs du crépuscule. » Ces muses surnuméraires qui fuient le poète vieillissant sont bien...
tracking img