Dissertation

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 7 (1692 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 26 décembre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Les réactions au rejet du projet de Constitution européenne : un florilège.
L’impasse, par Jean-Marie Colombani

Franc et massif, comme aurait dit de Gaulle, le non français à la Constitution européenne n’est pas un accident. Il a été émis au terme d’un débat comme il y en a eu peu dans l’histoire de ce pays. Interrogés sur un texte, de nombreux citoyens ont pris connaissance de ses principauxarticles et des commentaires opposés qu’en faisaient les promoteurs du oui et ceux du non. Personne ne prétendra que les Français se sont livrés à un pur exercice d’exégèse et qu’ils se sont prononcés pour ou contre le traité constitutionnel en raison de tel ou tel de ses 448 articles.
Une Constitution est en effet un contrat passé entre les citoyens. Comme tout contrat, les termes danslesquels il est rédigé ont moins d’importance que l’attrait de ce qu’il promet. Le rejet du traité constitutionnel révèle, d’abord, qu’une majorité de Français n’a pas, ou n’a plus, envie de l’Europe. Au point d’avoir pris le risque, et de devoir assumer désormais d’avoir affaibli la position et les capacités de la France en Europe. "On a tous une bonne raison de voter non", avait dit Philippe deVilliers, donnant ainsi un parfait exemple de cynisme dans la démagogie. Tel était, en effet, le message du non. Peu importaient les motifs, pourvu que l’on vote non.
Dans ce scrutin, organisé par un homme qui risque désormais de passer à la postérité comme le Docteur Folamour de la politique, usant contre lui-même à quelques années d’intervalle, de la dissolution et du référendum, l’enjeu concernaiten premier lieu une idée. Une idée à abattre. Les tenants du non voulaient en effet en finir avec ce qu’ils considèrent comme le mythe européen. Par nationalisme, par xénophobie, par dogmatisme ou par nostalgie, ils voulaient se débarrasser de cette Europe qui barre l’horizon, qui dérange les habitudes, qui impose des changements. D’autres, qui n’étaient pas anti-européens, se sont laisséconvaincre qu’on pouvait dire non à "cette Europe-là" pour en obtenir une autre.
La vérité est que la seule Europe possible est celle que les Européens sont prêts à faire ensemble. Il est à craindre qu’il n’en reste plus grand-chose aujourd’hui. L’Europe est une construction fragile, dont on va peut-être s’apercevoir – mais trop tard – qu’elle est réversible, alors même qu’une part des partisans du non –les plus jeunes – la considère comme un acquis. Elle est en permanence un compromis fragile. La France vient de rompre celui-ci, et prend le risque de voir progressivement détricoter une Europe malmenée par l’appel d’air nationaliste et protectionniste que le non français peut provoquer.
Le non est aussi la victoire d’une protestation tous azimuts. Comme si nous devions vivre désormais dans unedémocratie du mécontentement généralisé. Au cœur de celui-ci prend place le niveau – insupportable – du chômage. Alors que son niveau relève bien davantage d’une plus ou moins mauvaise alchimie nationale, le chômage a aussi constitué un reproche adressé à l’Europe. Peu importe que le marché unique, le tarif extérieur commun, la libéralisation des échanges et, dans leurs limites, les politiquescommunes aient permis de créer ou de sauvegarder des millions d’emplois. Le fait est que le chômage est plus élevé, en moyenne, dans l’Union européenne qu’aux Etats-Unis et que l’élargissement a accru la concurrence.
Mais la vérité est, aussi, que les salariés venus d’autres pays européens sont présents, en France, dans des secteurs où la main-d’œuvre manque, comme le bâtiment oul’hôtellerie-restauration. Les délocalisations n’en sont pas moins réelles. Tous les jours, ou presque, des entreprises ferment ou réduisent le nombre de leurs salariés et s’installent ailleurs, le plus souvent hors d’Europe. Tous les jours, aussi, des entreprises se créent ou recrutent, mais pas dans les mêmes catégories d’emplois. Pour ceux qui sont victimes de ces mouvements, la réalité est terrible. L’Union...
tracking img