Dissertation

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 5 (1128 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 25 avril 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
CENTRES ÉTRANGERS
Pondichéry

SÉRIES TECHNOLOGIQUES
 
Objet d'étude : La poésie.

Texte A : Victor Hugo, L'araignée et l'ortie, Les Contemplations, Livre III (1856).
Texte B : José Maria de Heredia, Midi, « La Nature et le Rêve », Les Trophées, 1893.
Texte C : Francis Ponge, Ode inachevée à la boue (extrait), Pièces,1962.
Texte D: Philippe Jaccottet, Fruits, Airs, 1961-1964.
 Texte A-  Victor Hugo (1802-1885), « J'aime l'araignée », Les Contemplations, Livre III, « Les luttes et les rêves », XXVII (1856).
J'aime l'araignée et j'aime l'ortie,
    Parce qu'on les hait ;
Et que rien n'exauce et que tout châtie
    Leur morne souhait ;
Parce qu'elles sont maudites, chétives,
    Noirs êtres rampants ;
Parce qu'elles sont les tristescaptives
    De leur guet-apens ;
Parce qu'elles sont prises dans leur œuvre ;
    O sort ! fatals nœuds !
Parce que l'ortie est une couleuvre,
    L'araignée un gueux ;
Parce qu'elles ont l'ombre des abîmes,
    Parce qu'on les fuit,
Parce qu'elles sont toutes deux victimes
    De la sombre nuit.
Passants, faites grâce à la plante obscure,    Au pauvre animal.
Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,
    Oh ! plaignez le mal !
Il n'est rien qui n'ait sa mélancolie ;
    Tout veut un baiser.
Dans leur fauve horreur, pour peu qu'on oublie
    De les écraser,
Pour peu qu'on leur jette un œil moins superbe1,
    Tout bas, loin du jour,
La mauvaise bête et la mauvaise herbe    Murmurent : Amour !
1. ici : méprisant.
 Texte B : José Maria de HEREDIA, Midi, « La Nature et le Rêve », Les Trophées (1893).
                      Midi

Pas un seul bruit d'insecte ou d'abeille en maraude1,
Tout dort sous les grands bois accablés de soleil
Où le feuillage épais tamise2 un jour pareil
Au velours sombre et doux des mousses d'emeraude3.

Criblant le dôme obscur, Midisplendide y rôde
Et, sur mes cils mi-clos alanguis de sommeil,
De mille éclairs furtifs forme un réseau vermeil4
Qui s'allonge et se croise à travers l'ombre chaude.

Vers la gaze de feu que trament les rayons
Vole le frêle essaim des riches papillons
Qu'enivrent la lumière et le parfum des sèves ;

Alors mes doigts tremblants saisissent chaque fil,
Et dans les mailles d'or de ce filetsubtil,
Chasseur harmonieux, j'emprisonne mes rêves.

1- en maraude : en quête de butin 2- tamiser : laisser passer en adoucissant 3- émeraude : pierre précieuse de couleur verte
4- vermeil : rouge foncé 5- gaze : étoffe légère et transparente.
 Texte C: Francis PONGE, Ode inachevée à la boue (extrait), Pièces, 1962.
ODE INACHEVÉE À LA BOUE
La boue plaît auxcœurs nobles parce que constamment méprisée.
  Notre esprit la honnit1, nos pieds et nos roues l'écrasent. Elle rend la marche difficile et elle salit : voilà ce qu'on ne lui pardonne pas.
  C'est de la boue ! dit-on des gens qu'on abomine, ou d'injures basses et intéressées. Sans souci de la honte qu'on lui inflige, du tort à jamais qu'on lui fait. Cette constante humiliation, qui la mériterait ?Cette atroce persévérance !
  Boue si méprisée, je t'aime. Je t'aime à raison du mépris où l'on te tient.
  De mon écrit, boue au sens propre, jaillis à la face de tes détracteurs !
  Tu es si belle, après l'orage qui te fonde, avec tes ailes bleues !
  Quand, plus que les lointains, le prochain devient sombre et qu'après un long temps de songerie funèbre, la pluie battant soudain jusqu'àmeurtrir le sol fonde bientôt la boue, un regard pur l'adore : c'est celui de l'azur ragenouillé déjà sur ce corps limoneux2 trop roué de charrettes hostiles, – dans les longs intervalles desquelles, pourtant, d'une sarcelle3 à son gué opiniâtre la constance et la liberté guident nos pas.
  Ainsi devient un lieu sauvage le carrefour le plus amène, la sente4 la mieux poudrée.
  La plus fine fleur...
tracking img