Dissertation

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  • Publié le : 6 juin 2011
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L'histoire des mentalités et l'histoire de la littérature

Si l'histoire des mentalités est, selon l'expression de Vovelle, une Ť discipline boulimique ť qui prend son bien oů elle le trouve et s'en annexe d'autres, telles l'ethnologie ou la psychologie sociale, l'histoire de la littérature a toujours été pour le moins tout aussi boulimique. Toujours ŕ l'affűt de Ť grilles de lecture ť pourrenouveler ses interprétations, elle a utilisé la psychanalyse, la sémiotique ou la pragmatique comme elle utilise maintenant l'histoire des mentalités. Elle le fait męme beaucoup plus Ť naturellement ť, parce que, entre les deux, les éléments communs sont beaucoup plus nombreux. Ce ne sont pas seulement certains concepts que l'histoire de la littérature reprend et applique, comme elle l'a fait avecla sémiotique ou avec la psychanalyse, c'est la matičre męme qui leur est commune. L'intéręt pour la littérarité des textes a considérablement diminué, aussi bien de la part des lecteurs que de la critique. On fait moins attention au caractčre fictionnel des œuvres, ŕ leur poďétique ou production, ŕ leur forme. Ŕ ce moment-lŕ, que devient l'histoire de la littérature sinon une histoire desmentalités, c'est-ŕ-dire des croyances, du vécu, des sentiments, des symboles et représentations?
Une des preuves de cette parenté est la facilité avec laquelle on passe de l'une ŕ l'autre: de célčbres spécialistes de l'analyse littéraire, tels Zumthor ou Todorov, la délaissent pour se consacrer ŕ l'étude des mentalités. En sens inverse, un historien, Jacques Le Goff, se consacre avec bonheur ŕl'approche des textes littéraires: dans L'Imaginaire médiéval il revendique, comme il le déclare dans la préface, le droit Ť de se hasarder dans le domaine de la littérature ť, en analysant un roman de Chrétien de Troyes et deux chansons de geste. D'ailleurs, il affirme ŕ cette occasion qu'il serait grand temps Ť d'abolir les barričres universitaires ť entre l'histoire Ť pure ť, l'histoire de lalittérature et l'histoire de l'art.
Depuis 1985, quand il écrivait ces lignes, ces barričres se sont de plus en plus estompées, surtout en ce qui concerne la littérature du Moyen Âge. Sa littérarité s'est effacée avec le temps, si jamais elle a eu le caractčre absolu qu'on lui a donné, ce dont beaucoup doutent maintenant. Paul Zumthor, par exemple, affirme que la littérature, qu'il met d'ailleurs entreguillemets, n'a été Ť identifiée comme classe particuličre de discours qu'ŕ partir du XVIIe sičcle ť[i]. Auparavant, les textes de toutes sortes baignaient indifféremment dans une heureuse communauté: adaptations, traductions, gloses, postiches et pastiches, lettres et relations, počmes et almanachs, opuscules savants et écrits pornographiques, essais philosophiques et romans fabuleux.
Latrajectoire męme du grand médiéviste Paul Zumthor est symptomatique: aprčs avoir écrit sur la poétique de cette époque et analysé avec minutie ses formes, dans son dernier livre, La Mesure du monde, il se consacre exclusivement ŕ l'étude des mentalités médiévales relatives ŕ l'espace. Entre les deux, un livre charničre, Parler du Moyen Âge, qui nous paraît extręmement important pour tout historien etchercheur en littérature. La primauté antérieure accordée au texte, ŕ ses structures et ŕ leur analyse formelle y est vue maintenant comme Ť un repli sur le texte seul, sacralisé ť. Ce n'était qu'un mythe d'origine romantique, Ť qui pčse encore sur nous ť comme un Ť lourd et complexe héritage ť:
Ť Le romantisme, en approfondissant la démarche dans un sens idéaliste, tentait de désigner un ‘absolulittéraire’... ť
L'absolu littéraire est mis entre guillemets. Beaucoup d'autres Ť mythes ť le seront, démystifiés maintenant par le poéticien pénitent: Ť la notion de chef-d'œuvre, mal utilisable et peut-ętre nuisible dans les études médiévales ť. Elle sera renvoyée dos ŕ dos avec celle de Ť grand homme ť qu'affectionnait l'historiographie traditionnelle; le rejet explicite de cette derničre, de...
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