Dissertation

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  • Publié le : 18 avril 2010
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TOUTE VERITE EST-ELLE BONNE A DIRE ? G. Gastaud, février 2005

Tu ne mentiras point : partout, le menteur est méprisé, au point que le mensonge a toujours été flétri comme le premier pas vers le crime suprême, celui qui est le plus cruellement châtié dans l’enfer de Dante, la trahison. Et pourtant, la sagesse des nations contredit l’impératif catégorique de véracité en nous avertissant que« toute vérité n’est pas bonne à dire » et qu’ « il n’y a que la vérité qui blesse ». On peut en effet blesser, humilier, et même tuer en disant la vérité. Or, au-dessus même du commandement qui prescrit de ne pas mentir, se trouve cet autre commandement encore plus rigoureux : tu ne tueras point. Comment concilier alors l’exigence de sincérité et celle qui nous intime d’ « aimer son prochain commesoi-même », de faire montre à son égard de bienveillance, bref, de tolérer quelquefois ce que Kant nomme ironiquement le « prétendu droit de mentir par humanité » ?
Comment est-il possible que la vérité, en droit universelle, ne soit pas toujours publiable ? Comment « privatiser » la vérité au point de justifier la notion de secret, c’est-à-dire l’idée d’un « mensonge par omission » quiserait, non seulement admissible moralement, mais inattaquable légalement ? Au point que dire la vérité serait parfois se rendre coupable de délation ? Nous sommes ici confrontés à ce que la réflexion éthique appelle traditionnellement un « conflit de devoirs ». Nous n’avons pas à confronter en l’espèce le bien au mal, le positif au négatif, mais un bien à un autre bien (la vérité à la bienveillance),un mal avec un autre mal (le mensonge à l’indifférence). Devons-nous absolument choisir entre Cléanthe, l’« honnête homme » qui tolère d’arranger la vérité pour ménager le « monde », et Alceste, le « misanthrope » décrit par Molière qui ignore les règles du savoir-vivre pour servir à chacun ses « quatre vérités » ? Qu’il faille préférer la vérité au mensonge, chacun en conviendra aisément, neserait-ce que parce qu’affirmer le contraire serait contradictoire. Mais n’est-il pas possible de faire des exceptions, de mentir parfois, bref certaines vérités ne doivent-elles pas être cachées ?
Dans un premier temps, nous verrons en quoi la sincérité peut être érigée en impératif catégorique, en commandement absolu de la raison pratique. Cette position semble pourtant intenable dans laréalité, si bien que nous examinerons si le mensonge, direct ou par omission, n’est pas tolérable à titre exceptionnel. Conscients cependant du risque majeur qu’il y aurait à légitimer le mensonge, même à titre exceptionnel, nous verrons pour finir s’il est possible de concilier le service de la vérité avec le devoir de bienveillance.*****************************************************************************
(I/ THESE 1 : il ne faut absolument jamais mentir)
(A) thèse)
« Le mensonge est un suicide moral », affirme Kant. Et en effet, la véracité est la condition de la moralité et la base même du lien social. Si en effet l’échange est à la base de la société, le menteur détruit toute société, celle-ci étant impossible sans confiance réciproque. Quoi de pire en ce sens que« manquer à sa parole » ? Le parjure est celui qui, ayant menti sur un point capital, a perdu à jamais la confiance des autres et s’est de ce fait, « déshonoré ». C’est que la parole elle-même, par laquelle nous accédons au statut de sujets, donc de personnes morales, repose sur la vérité. Toute énonciation qui n’est pas ordre ou injonction, se place explicitement ou implicitement sous le parrainagede la vérité, si bien que c’est une seule et même chose que de dire « je t’aime » et « il est vrai que je t’aime ».
(B- justification de la thèse)
Qui ment ne se contente pas de dissoudre le lien social, il se détruit lui-même comme sujet : qui ment se dément. Il se prive du statut de sujet parlant, il s’interdit d’assumer clairement ce qu’il dit et ce qu’il fait, et l’on sait que...
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