Dissertation

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 5 (1232 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 9 octobre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Lecture Analytique n°2
Balzac, La Peau de chagrin, « le Talisman »,
le dialogue avec Aquilina et Euphrasie :
« Un poète eut admiré.......... bien sotte de ne pas m’amuser »

INTRODUCTION :

Dans l’insouciance d’une scène d’orgie où l’ivresse et le plaisir se mêlent, Balzac glisse une conversation qui met en présence deux amis, Raphaël, l’ « heureux » possesseur de la peau de chagrin,son camarade Emile, et deux courtisanes, Aquilina et Euphrasie. Celles-ci, comme pour annoncer l’analepse qui suivra – et qui aura pour titre « la femme sans cœur – évoquent les caractéristiques de leur existence sans avenir. Pour définir le statut de ces deux femmes et leur discours fataliste, nous allons mettre en valeur dans un premier axe l’hédonisme désespéré des courtisanes, puis dans undeuxième temps, nous remarquerons que Balzac utilise une écriture au rythme binaire.

I / UN HÉDONISME DÉSESPÉRÉ

Ces femmes du plaisir courent après le plaisir et en font leur devise. La dernière phrase de l’extrait est symbolique de leur état d’esprit : « je serais bien sotte de ne pas m’amuser ». Aussi Aquilina et Euphrasie affirment-elles qu’elles ne vivent que dans le présent. Le présentde leur jeunesse. Profiter de la vie, plaire, s’entourer d’un luxe passager, tel est leur volonté. On appelle hédonisme la recherche des plaisirs immédiats qui, pour ces femmes entretenues, équivalent à l’énumération suivante : « cachemires, vélins, parfums, soie, luxe, tout ce qui brille »... Balzac utilise une métaphore intéressante pour montrer l’engloutissement de ces richesses : la métaphorede la dévoration que l’on remarque dans l’expression « donnez-moi des millions, je les mangerai ». C’est une métaphore très crue, très corporelle, qui convient bien, en outre, à ces femmes qui usent de leur corps pour réussir. Balzac l’utilise également comme un clin d’œil au destin terrible de Raphaël qui, dans la 3e partie du roman, ne peut espérer survivre qu’en économisant ses désirs. Lescourtisanes, elles, gaspillent leurs biens. Pour le faire sentir, l’auteur met en valeur des substantifs pluriels qui disent non une accumulation mais une dispersion : « nos folies », « mes dissipations ».
Pourtant cet hédonisme est, dès le début du dialogue, nuancé par les questions des deux hommes. Raphaël et Emile pratiquent une sorte de dialogue socratique pour dévoiler une vérité. Les questionsqu’ils posent ont pour but de faire le lien entre jeunesse et vieillesse, plaisir et maladie, donc de lier le présent à l’avenir. Cette vérité des courtisanes a 3 caractéristiques :
1. Vivre dans le présent c’est avant tout fuir un avenir certain. Euphrasie avoue : « D’ailleurs l’avenir nous le connaissons c’est l’hôpital » (symbole de déchéance, de solitude, de pauvreté). Le présentatif« c’est » donne à cette perspective une connotation tragique : le destin de toutes ces femmes est tracé ! Le pluriel « nous » renforce l’aliénation. Pourtant quelques lignes plus haut, la même Euphrasie avait revendiqué le droit de repousser cet avenir désespérant : « Qu’appelez-vous l’avenir ? Pourquoi penserais-je à ce qui n’existe pas encore ? ». Balzac montre avec subtilité que les courtisanes sementent à elles-mêmes : l’avenir, elles le voient mais ne veulent pas le voir. Le malaise de cette fuite est également symbolisé par le rire d’Euphrasie (« répondit-elle en riant ») et le lecteur doit s’imaginer un rire un peu forcé.
2. Leur vie de plaisir est fragile, éphémère. Le cliché de la fleur qui se fane est utilisé pour lier leur succès présent à leur jeunesse. Le verbe « flétrir », dansla bouche d’Aquilina, fonde la décadence de leur vie. Une allitération en f (« rides au front, flétrit tout ce qu’il y a de femme en nous ») renforce la fragilité de ce présent construit sur la séduction du corps. La même idée est reprise par l’image du « bruissement de feuilles mortes ».
3. Elles sortent de ce désespoir par une pensée de l’équivalence. Raphaël, curieux, pose la question...
tracking img