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  • Publié le : 1 mai 2011
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niversalité de l'anglais

Le 20 février 1997, Madeleine Allbright, alors secrétaire d'État du président Bill Clinton, déclarait : «L'un des objectifs majeurs de notre gouvernement est de s'assurer que les intérêts économiques des États-Unis pourront être étendus à l'échelle planétaire.» L'ex-conseillère du président George W. Bush (2001-2009) pour les Affaires étrangères, Condoleezza Rice,affirmait en 2002: «Le reste du monde trouvera avantage à ce que les États-Unis défendent leurs propres intérêts, car les valeurs américaines sont universelles.» Mais les valeurs américaines dites «universelles» passent obligatoirement par l'objectif de la mondialisation anglo-saxonne, c'est-à-dire l'américanisation et l'anglicisation. S'il s'agit de prôner l'universel au moyen d'une seule langue,l'anglais, il y a une sorte de contradiction. La recherche de l'universel devrait passer aussi par le chinois, l'arabe, le français, l'espagnol, le russe, voire le portugais et le swahili.

Évidemment, les partisans du tout-anglais sont généralement des anglophones de naissance ou d'adoption. Aux États-Unis, ses partisans les plus extrémistes prônent une langue et une culture unique parce que lesAnglo-Saxons seraient le «peuple choisi par Dieu» pour coloniser l'Amérique du Nord et mener ensuite le monde vers la liberté. C'est la théorie du «choix divin» des WASP (White Anglo-Saxon Protestants), dont le président George W. Bush fut l'un des plus prestigieux porte-parole.

Comme on le sait, la différenciation fonctionnelle entre plusieurs langues n’est pas récente. Souvenons-nous de cespropos de l’empereur Charles Quint (1500-1556) : «Je parle anglais aux commerçants, italien aux femmes, français aux hommes, espagnol à Dieu et allemand à mon cheval.» Et puis cette phrase de l’écrivain espagnol José Cadalso (1741-1782) dans Lettres marocaines : «Les Espagnols écrivent la moitié de ce qu'ils imaginent; les Français plus qu'ils ne pensent à cause de la qualité de leur style; lesAllemands disent tout, mais de telle façon que la moitié des gens ne les comprennent pas; les Anglais écrivent pour eux seuls.» Christian Wilster, poète qui fut le premier à traduire L’Iliade et L’Odyssée d’Homère du grec en danois, écrivait en 1827 : «Tout honnête homme qui tient à sa bonne éducation ne prend la plume qu’en latin, parle français aux dames, allemand à son chien et danois à sesdomestiques.» Enfin, il n’est pas inutile de rappeler cette phrase anachronique d’un politicien texan, Ma Ferguson, engagé en 1924 dans un débat pour faire de l’anglais la seule langue officielle de son État : «Si l’anglais était suffisant pour Jésus Christ, il l’est aussi pour le Texas.» Comme méconnaissance de l’histoire, il est difficile de faire mieux, mais une telle affirmation témoigne surtout dunombrilisme de beaucoup d’Américains envers leur langue! Non seulement Jésus-Christ parlait l'araméen, mais l'anglais n'existait pas encore. En réalité, c'est la mondialisation de l'économie qui fait de l'anglais un cas sans précédent dans l'histoire des langues.

Aujourd'hui, il faut parler anglais pour se faire comprendre dans le monde entier. D'ailleurs, non seulement les Anglo-Saxonssont-ils persuadés que leur langue est supérieure à toute autre, mais il en est également pour d'autres Nations qui ne demandent pas mieux que d'accéder à ladite «langue supérieure» afin d'éviter l’«apartheid linguistique». Autrement dit, le monde entier est complice de l'impérialisme anglo-américain! Les nations, qui se plaignent de cet impérialisme linguistique en marginalisant leur propre langue,portent une part de responsabilité dans ce phénomène, puisque leur politique linguistique repose sur un libéralisme pro-anglais où la complicité est de mise. Et c'est là le tour de force de l'Amérique, bien appuyée par la Grande-Bretagne!

Bref, à l'échelle internationale, l'anglais n'est pas une langue culturellement et politiquement «neutre». Dans l'hebdomadaire britannique The Observer...
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