Disssertation

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Dissertation

Sport et civilisation : la violence maîtrisée ?
Bodin Dominique, Robène Luc, Héas Stéphane1
Le titre, emprunté à Elias et Dunning2 est une provocation dont le choix n’est pas anodin car il
traduisait pour ses auteurs d’une part, le processus de civilisation des sociétés occidentales
modernes à travers l’euphémisation et le contrôle (et l’apprentissage de l’autocontrôle) de laviolence3 et, d’autre part, la fonction éducative et préventive « prêtée » aux « sports »
modernes qui dès, leur genèse, furent socialement instrumentalisés pour participer à
l’euphémisation de ces violences. Le paradoxe est en effet criant entre la théorie eliassienne et
les violences, multiples et nombreuses observables tant dans la société civile que sportive.
Comment comprendre etinterpréter l’écart entre cette théorie et la montée du sentiment
d’insécurité en Europe, voire, dans certains pays, l’augmentation de la violence ? Elias, pour
construire sa théorie, semble avoir ignoré ou feint d’ignorer certaines formes de violences qui
existaient, ou apparaissaient, à son époque : le nazisme en est un exemple.
Finalement, quelles limites donner à cette théorie si souvent usitéedans les études relatives au
sport et « en quoi l’oeuvre de Norbert Elias peut-elle nous aider à réfléchir la violence
contemporaine »4 ?
Petits rappels : du « procès de civilisation » au contrôle de la violence par le sport
Elias, autour de la théorie centrale du « procès de civilisation » s’est essentiellement attaché à
décrire, en établissant un équilibre entre l’idéographique et lenomothétique, l’élaboration,
l’apprentissage et l’affinement des conduites et des normes comportementales et socialement
acceptables qui ont conduit à la formation des sociétés occidentales entre le Moyen age et le
20ème siècle. Pour lui les sociétés modernes se sont structurées à travers la censure de
l’agressivité et le monopole étatique de la violence, la « curialisation » des guerriers,l’introduction de normes de civilités, de propreté et de respect, l’euphémisation de la violence
et l’apprentissage de l’autocontrôle individuel des pulsions.
Inventé en premier lieu pour parfaire l’éducation des jeunes gens appartenant à la « haute
société anglaise, l’aristocratie terrienne et la gentry » le sport, en raison de l’émergence des
temps libres, s’étend progressivement au reste de la sociétéen offrant, tout à la fois, un moyen
« d’apprentissage du contrôle et de l’autocontrôle des pulsions » (respect des règles, de
l’adversaire, de l’arbitre, apprentissage technique, coopération entre les pratiquants des sports
collectifs, etc.) et un « espace toléré de débridement des émotions » (pratique physique
servant d’exutoire, présence de spectateurs qui encouragent et vocifèrent).L’intérêt et la force
du travail d’Elias résident dans sa capacité à articuler politique et culturel en même temps que
collectif et individuel en réussissant à articuler contrôle de la violence dans et par la société et
apprentissage de l’autocontrôle5.
Dans cette perspective, le sport offre un espace particulier, car il n’entre pas dans le cadre des
activités routinières mais consiste en une pratiqueou un spectacle librement choisi en dehors
des contraintes sociales habituelles. Le sport est instrumentalisé en devenant un « espace
toléré de débridement des émotions », un moyen de « contrôler - décontrôler » les émotions.
2
« La plupart des sociétés humaines proposent des mesures pour se protéger contre
ces tensions qu’elles créent elles-mêmes. Dans les sociétés ayant atteints un
niveaurelativement avancé de civilisation […] il existe une grande variété
d’activités de loisir, dont le sport, qui ont précisément cette fonction »6.
Toute l’ambiguïté du sport moderne se trouve pourtant là. Car, il s’agit :
« d’un exemple particulièrement frappant de l’un des problèmes essentiels
concernant le sport, à savoir comment réconcilier deux fonctions contradictoires :
d’une...
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