Dix heure et demie du soir en été

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  • Publié le : 25 août 2010
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ames Joyce
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James Joyce
Écrivain irlandais (Rathgar, Dublin, 1882-Zurich 1941).
Introduction
La littérature se sert, pour construire ses objets, d'un matériau qui est en même temps celui du langage ; le mot existe indépendamment de la chose qu'il désigne. Cette prise de conscience est l'un des éléments dynamiques essentiels de l'œuvre de James Joyce. L'exploitation de cette mise aupoint ne fut totale qu'au terme d'un double processus : d'une part, le désengagement de l'auteur du milieu socioculturel irlandais et, d'autre part, le lent progrès d'un travail littéraire conscient. Ce labeur acharné a contribué à mettre fin au malentendu qui, pendant des siècles, a posé la littérature comme une représentation transparente de la réalité.
« Pourtant je pense que sur la monotonie del'existence on peut prendre la mesure d'une vie dramatique. Le pire des lieux communs, le plus mort des vivants peuvent jouer leur rôle dans un grand drame. »
James Joyce naît le 2 février 1882 à Rathgar, un faubourg du sud de Dublin, dans une famille catholique. La personnalité exubérante et instable de son père, John Joyce, tour à tour étudiant en médecine, champion d'aviron, chanteur,comédien, politique exalté, secrétaire, ouvrier et percepteur, grand buveur mais brave homme, contraste avec celle de sa mère, Mary Jane Murray, surtout préoccupée de veiller sur son logis et ses treize enfants. D'abord aisée, cette famille voit ses difficultés financières s'aggraver au cours des années. Allant de faillite en licenciement, John Joyce oblige sa famille à déménager une quinzaine de fois enquelques années, autant de degrés perdus dans l'échelle sociale. La descente vers la pauvreté est ralentie un temps par la vente des propriétés de Cork en 1894, mais le mouvement est inéluctable. Conditionnée par le taudis, ponctuée par les accès éthyliques de John Joyce, la vie de famille prend un aspect de crise continuelle. C'est sur ce fond de décadence sociale que s'effectue l'éducation deJames. En 1888, ses moyens le lui permettant encore, le chef de famille envoie James, objet de son orgueil, au collège jésuite de Clongowes Wood, installé dans une vaste construction médiévale, dans le comté de Kildare. Pendant les premiers mois, l'existence de James se centre sur la rupture avec la vie familiale et ses nouveaux rapports, le plus souvent d'hostilité, avec ses camarades. Seressaisissant, James excelle bientôt en éducation religieuse, en composition anglaise, en mathématiques, à la course à pied et au cricket.
   Dès ce moment, et malgré le grand intérêt qu'il manifeste envers la religion, les boutades anticléricales de son père l'amènent à se poser des questions, qu'il nous rapporte dans Dedalus, sur l'ordre et la justice qu'incarnent ses maîtres jésuites. C'est à cettemême époque, pendant son séjour à Clongowes Wood, que se produit le choc, affectif d'abord, qui sera à l'origine de son désengagement politique. Parnell, le « roi sans couronne » de l'Irlande, rassemble derrière lui tout le pays. C'est le héros de la famille Joyce. Pour James, il va devenir son héros tragique. Parnell, représentant des espoirs de l'Irlande, est mis en cause par la révélation publiquede sa liaison avec la femme du capitaine O'Shea. Ce dernier demande le divorce et l'obtient. Le scandale, exploité en particulier par Gladstone et le haut clergé catholique, et plus tard par son ex-second, Timothy Healy, provoque la chute de Parnell. Âgé de neuf ans, James exprime sa propre révolte dans un poème, Et tu, Healy, que John Joyce diffuse avec fierté parmi ses relations. Cette pratiquepolitique, qu'il a vue exercée contre un homme dont l'Irlande avait fait son prophète, laissera un sentiment amer de trahison toujours présent à sa conscience. La relative indifférence du peuple lors de cet épisode est pour une grande part responsable du mépris dont il accablera plus tard les « culs-terreux » de son Irlande natale. Une scène de Dedalus nous rapporte comment, à l'occasion d'un...
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