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  • Publié le : 16 juin 2010
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Faut-il pratiquer la discrimination positive ?
Un préfet musulman désigné par le ministre de l’Intérieur, un Recteur d’académie d’origine maghrébine dont la nomination est avalisée par le Président de la République, ceci intervenant dans le contexte de la commission Stasi qui a statué sur le renforcement du principe de la laïcité et de l’égalité : la France serait-elle tentée par le modèlemulticulturaliste, au détriment de l’universalisme dont elle se réclame ? En d’autres termes, serait-il « convenable » - pour reprendre la formule de Jacques Chirac - de pratiquer dans notre pays la discrimination positive ?

Au-dessus des bruits de verres entrechoqués et du brouhaha des conversations animées, Frédérick Douzet doit d’abord un peu forcer la voix pour présenter le sujet de ce soir,dans une discipline nouvelle à laquelle le Café des Phares, célèbre pour ses débats philosophiques, n’est pas habitué. Nadia, la responsable de l’établissement, son plateau chargé de verres haut levé, veille avec dextérité à étancher la soif de ses clients, redevenus pour l’heure des élèves attentifs aux propos des deux intervenants : Gwénaële Calvès (juriste, Professeur des universités àCergy-Pontoise) et Daniel Sabbagh (politologue, chercheur au CERI).
Avant de passer la parole aux invités, Frédérick Douzet rappelle rapidement ce que l’on entend par discrimination positive, en précisant que cette définition sommaire et forcément incomplète fait référence à des politiques qui ont cours aux Etats-Unis et font l’objet de débats en France. La discrimination positive est la prise en compte del’appartenance ethnique, raciale (ou ethno-raciale) ou encore sexuelle des individus lors du recrutement à des postes de la fonction publique, du secteur privé ou lors de l’admission aux grandes universités américaines (ou aux grandes écoles françaises). L’idée est d’octroyer un traitement préférentiel aux membres d’un groupe dont on juge qu’ils ont pu être ou qu’ils sont susceptibles d’êtrevictimes de discrimination en raison de leur appartenance ethno-raciale. La discrimination positive est à la fois le désir de réparer un préjudice subi et de se servir d’un moyen inégalitaire pour atteindre des objectifs d’égalité.
Ce genre de pratique pose un véritable problème en France laquelle, conformément à sa Constitution, s’interdit, selon le principe républicain d’égalité, de distinguer lescitoyens d’après leur race, leur origine ou leur religion. La discrimination positive touche donc au principe même d’égalité républicaine.
Daniel Sabbagh : L’Affirmative Action, mise en œuvre à la fin des années 1960 aux Etats-Unis sous l’impulsion du gouvernement républicain de Richard Nixon, vise à favoriser, par des politiques de traitement préférentiel, l’accès à l’emploi, l’attribution demarchés publics ou encore l’admission dans les Universités des membres de certains groupes ayant fait l’objet dans le passé, à des degrés divers, de pratiques discriminatoires juridiquement sanctionnées : les Noirs, les « Hispaniques », les descendants de populations autochtones (Native Americans), parfois les Asiatiques et les femmes. Aussi hétérogènes que puissent être ces groupes, ils ont tous encommun d’avoir été victimes de discrimination officielle, avalisée et sanctionnée.
En quoi consiste ce traitement préférentiel ?
Si, par exemple, un candidat noir postule à un emploi alors qu’il existe au moins un candidat blanc dont le niveau de qualification est supérieur, en dépit de ses meilleures qualifications, c’est le candidat noir que l’on retiendra. C’est donc ici l’identificationraciale qui constitue le facteur déterminant à l’obtention d’un poste. Cette pratique est pourtant contraire à deux grands principes, le principe méritocratique et celui de la color-blindness (cécité à la couleur de peau).
L’usage de l’affirmative action dans le débat public américain a largement évolué depuis la fin des années 1960. En effet, à cette époque, l’affirmative action désignait...
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