Dom juan ou le festin de pierre, entre comique et tragique

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  • Publié le : 9 avril 2011
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Dom Juan ou le Festin de Pierre, pièce baroque, comédie ou tragi-comédie selon les interprétations, fut écrite en cinq actes et en prose par Molière, et jouée pour la première fois en 1665. Cette pièce évoque les aventures d’un personnage infidèle, séducteur, libertin et blasphémateur : Dom Juan.
Selon la thèse d’Antoine Adam dans Histoire de la littérature au XVIIème siècle, la pièce DomJuan s’inscrit tout à fait dans le genre de la farce gaie et bouffonne, de l’arlequinade innocente lors des deux premiers actes, puis s’assombrit avec la progression de l’intrigue, se teinte d’inquiétant, d’une atmosphère dangereuse, de tragique. La farce se transforme en ironie de plus en plus sèche, le rire en grincement… pour finalement s’achever gravement avec la mort du héros. Cette gradationqui fait passer la pièce du comique au drame, ce changement de registre au profit du sérieux fait presque oublier la dimension comique de l’œuvre, rappelée au spectateur par le bouffon Sganarelle, lui faisant ainsi comprendre que tout cela n’est qu’une parodie. Le divertissement ne serait donc pas le but premier de Molière avec Dom Juan. La farce est très présente au début de la pièce, pour êtrefinalement mise de côté, pratiquement oubliée à la fin. Ainsi pour Antoine Adam, Dom Juan est une parodie une imitation caricaturale et exagérée, qui transposerait le sujet de la pièce sur un mode comique. Le rire serait donc grotesque et secondaire.
On peut alors se demander, dans quelle mesure le cheminement de la pièce depuis la farce innocente jusqu’à la « comédie sérieuse » peut-elleamener le spectateur à ne retenir que son aspect inquiétant plutôt que son aspect comique. Ainsi, nous pouvons tout d’abord constater que Dom Juan est une pièce plutôt inquiétante, possédant un fond grave et sombre teinté de bouffonnerie, comme le soutient Antoine Adam. Par la suite, nous nuancerons cette analyse en observant que la farce et le rire restent présents tout au long de la pièce et sontessentiels et indissociables de l’intrigue. Cette dernière demeure de ce fait très complexe et ambiguë, véhiculant un message subtile que l’on ne peut réduire à la simple parodie. Afin de construire notre analyse, nous nous appuierons sur le texte original de la pièce de Molière et sur le mise en scène de Daniel Mesguich.

Tout d’abord, nous pouvons constater que Dom Juan évolue du comique àl’inquiétant au fil des actes, s’assombrit dans les décors, les situations, dans la « teinte de fond », le ressenti du spectateur : la pièce devient bien de plus en plus grave. Là où la scène d’exposition et les deux premiers actes sont fait de longues tirades et de situations appartenant à la farce, à la « bouffonnerie », les derniers actes sont quant à eux fait d’apparitions et de situationsinquiétantes, d’ombres et de mort. Nous étudierons ici la progression de l’intrigue en commençant par le début teinté de farce puis le basculement vers l’inquiétant des derniers actes, et enfin le dénouement qui souligne la parodie.

On trouve d’abord le comique de mots (et de situation dans la mise en scène de Mesguich) dans la scène d’exposition avec l’éloge du tabac par Sganarelle,« porte-parole » si l’on peut dire de la bouffonnerie. La mise en scène de Daniel Mesguich est drôle, Sganarelle est déguisé de façon grotesque, il parle a Gusman le valet d’Elvire qui est un peu simple et stupide, les deux personnages sont costumés de la même manière et doivent constamment se déplacer pour ne pas être dérangés dans leur discussion. Dans le premier acte, Sganarelle est drôle par sasoumission à son maître et son hypocrisie, ses tirades d’éloge (du tabac) ou de blâme (de son maître libertin) témoignent d’une fausse éloquence et rendent le valet ridicule. L’entrée d’Elvire, l’épouse délaissée, rappelle un thème de la farce bien connu, la tromperie. Ainsi ce premier acte représente d’une certaine manière la jeunesse, comme le soutient Adam : le passé n’intéresse pas Dom Juan : il...
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