Dom juan ou le festin de pierre

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  • Publié le : 6 décembre 2011
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En 1664, Molière produit Tartuffe qui subit rapidement les attaques de la Compagnie du Saint Sacrement. La pièce est alors interdite de représentation publique dès le mois de mai1. Il s’agit pour Molière de faire vivre sa troupe. La pièce Le Misanthrope est encore en chantier2. Molière décide donc de créer rapidement une pièce en prose sur un sujet à la mode : entre 1658 et 1661, on trouve pasmoins de trois pièces traitant d’un personnage libertin, séducteur et impie précipité dans la mort par une statue de pierre - une farce italienne montée à Paris en 16583 - la tragi-comédie Le Festin de Pierre ou le fils criminel de Dorimon (Lyon, 1658-Paris, 1661) et Le Festin de Pierrenote 3 de Villiers (Paris, 1659) inspirées toutes deux de la pièce de l’italien Giliberto aujourd’hui disparue4. Cethème trouve son origine en Espagne dans une pièce de Tirso de Molina, El Burlador de Sevilla. La pièce passée en Italie a inspiré Cicognini (en), Giliberto et la comedia dell arte sous le titre de El Convitato di Pietra. Elle devient célèbre en France à partir de la représentation des Italiens de 16585. Il semble cependant que Molière n’ait eu connaissance que des versions italiennes etfrançaises6.

Cette pièce s’inscrit dans un projet de Molière de « dénoncer les vices du siècle »7, en particulier l’hypocrisie. Elle est une réflexion sur le libertinage et ses excès. Molière est adepte de la libre-pensée, mais respecte les convictions religieusesnote 4. Il s'attaque principalement à toute forme d'hypocrisie que ce soit celle du dévot ou celle du libertin. En présentant un libertinfoudroyé par la vengeance divine, il espère convaincre les spectateurs et les autorités de la moralité de ses intentions8.

Certains ont cru voir dans le personnage de Dom Juan un contemporain de Molière, on cite ainsi Vardes, Lionne, Retz, Henri de Guise, le comte de Guiche ou le comte de Lauzun (amants présumés d’Armande Béjart9) et Armand de Conti mais aucune analyse ne recueille l’unanimité10.Réception
Frontispice des Œuvres de Molière (éd. de 1734)

La pièce est jouée pour la première fois le 15 février 1665 et remporte un succès immédiat. Le public vient y chercher, comme dans les versions précédentes, un divertissement empreint de merveilleux. On aime se laisser subjuguer par le jeu des machines. On vient aussi voir de quelle manière Molière traite le thème de l'impiété et de larévolte contre la société11. Mais les ennemis de Molière guettent tout ce qui pourrait y être perçu comme une attaque de la religion. Dès la seconde représentation, Molière doit couper dans son texte : il supprime certaines scènes (dont la scène du pauvre) et certaines répliques (« Mes gages, mes gages ») qui semblent tourner la religion en dérision12. Au bout de quinze représentations seulement,la pièce est retirée, sur décision de Molière, mais à la suite probablement d'un intervention discrète du roi13. Elle subit une volée d'attaques. Conti l'accuse d'« encourage(r) l'impiété en chargeant un grotesque de défendre la foi » et D'Aubignac critique ce « mélange de sacré et de profane »14. Un libellé anonyme l'accuse de « plaisanter avec la religion », de « vanter le libertinage », demettre « Dieu entre les mains d'un athée qui s'en rit et d'un valet qui fait rire les autres » et de « mettre en scène débauche et sacrilège par intérêt démagogique »15. Une défense se met en place, deux billets également anonymes parlent de vengeance contre Tartuffe, nient l'apologie du libertinage montrant que Dom Juan n'en présente pas une défense convaincante, précisent que le ridicule deSganarelle n'implique pas le ridicule de ses thèses et que l'on peut être bon sans être intelligent et s'étonnent enfin que l'on critique chez Molière des scènes qui existaient déjà dans les versions précédentes16.

La pièce tombe dans l'oubli. Elle est supplantée par une adaptation en vers, édulcorée, qu'en fait Thomas Corneille et qui est la seule jouée entre 1677 et 1841. Elle n'est éditée...
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