Dom juan

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  • Publié le : 27 novembre 2010
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SGANARELLE
OU
LE COCU IMAGINAIRE
COMÉDIE

représentée pour la première fois
sur le Théâtre du Petit-Bourbon,
le 28e jour de mai 1660,
par la Troupe de Monsieur,
Frère Unique du Roi.
NOTICE
Le 28 mai 1660, Molière représente, après le Venceslas de Rotrou, une comédie en un acte et en vers, Sganarelle ou le Cocu imaginaire, qui obtient un grand succès. Cette petite pièce sera donnéetrente fois avant la fin de l'année, et sera l'œuvre la plus représentée du vivant de son auteur*.
Une miniature tombée des mains d'une malheureuse éplorée va provoquer une série de quiproquos: Sganarelle pense que sa femme le trompe, et celle-ci le pense infidèle; de surcroît, Lélie est persuadé que sa maîtresse Célie s'est mariée en faisant fi de son penchant pour lui, et Célie que Lélie ne l'aimeplus... Au moment où Sganarelle, qui se croit cocufié par Lélie, est partagé entre le désir de provoquer en duel cet «affronteur» — celui qui lui fait porter des cornes! — et la crainte de perdre la vie, la suivante de Célie, sorte de déesse ex machina, éclaircit toute l'affaire et Sganarelle, le «cocu imaginaire», tire la leçon burlesque des événements:
De cet exemple-ci ressouvenez-vous bien,Et, quand vous verriez tout, ne croyez jamais rien.
À ce moment de sa carrière, Molière n'a pas encore élaboré sa poétique comique; il se cherche et procède à une nouvelle expérience dramaturgique, quoiqu’il ne quitte pas encore le registre de la farce. En témoignent le choix du cocuage comme thème central, les trivialités débitées par Gros-René, qui ne pense qu'à bien boire et à bien manger, ouencore le ton de certains propos de Sganarelle, comme celui-ci:
Quand j'aurai fait le brave, et qu'un fer, pour ma peine,
M'aura d'un vilain coup transpercé la bedaine,
Que par la ville ira le bruit de mon trépas,
Dites-moi, mon honneur, en serez-vous plus gras? (Sc. 17)
À quoi l’on pourrait ajouter certains mots ou plaisanteries «en situation», qui relèvent de cette tradition; ainsi quandSganarelle reconnaissant Lélie, qu’il croit être l’amant de sa femme, s'écrie:
Ah! ma foi, me voilà de mon trouble éclairci! ...
C'est mon homme, ou plutôt c'est celui de ma femme. (Sc. 9)
Cependant, comme il l’avait fait avec Les Précieuses ridicules, Molière dépasse l'esthétique limitée de la farce, mais en explorant ici d’autres voies. Il laisse de côté la satire des mœurs de sescontemporains, et s'intéresse de plus près au personnage de Sganarelle. Celui-ci, relativement individualisé, n’est plus une marionnette comique comme le Mascarille de L’Étourdi, ou le Sganarelle du Médecin volant, qui n’étaient que des emplois ou des types traditionnels. Il se présente, en dépit de sa bonhomie, comme un jaloux aveuglé par une idée fixe: la crainte d’être trompé, obsession qui fait de lui lepremier d’une longue lignée de héros monomaniaques à venir, dont certains seront bien plus inquiétants. Pour l’heure, Molière semble séduit par ce thème de la jalousie, qu’il va moduler d’une œuvre à l’autre — entre autres, peu de temps après et sur un ton plus grave, avec Dom Garcie de Navarre. Comme tous les obsédés, Sganarelle a une vision des choses déformée par son imagination; il se montreconstamment soupçonneux et interprète tout ce qu’il perçoit en fonction de son idée fixe. Mais il est aussi aveugle sur lui-même, ce qui nous vaut quelques beaux effets comiques; par exemple lorsqu’il surprend sa femme admirant un portrait qu’elle a trouvé, et qu’il la croit infidèle:
Donc à votre calcul, ô ma trop digne femme,
Monsieur, tout bien compté, ne vaut pas bien Madame?
Et de parBelzébut qui vous puisse emporter,
Quel plus rare parti pourriez-vous souhaiter?
Qui peut trouver en moi quelque chose à redire?
Cette taille, ce port, que tout le monde admire,
Ce visage si propre à donner de l'amour,
Pour qui mille beautés soupirent nuit et jour;
Bref en tout et partout ma personne charmante
N'est donc pas un morceau dont vous soyez contente? (Sc. 6)
Enfin, Sganarelle...
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