Dom juan

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  • Publié le : 28 avril 2010
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Dom Juan, ou le festin de Pierre
Molière
Acte I, Scène première

Introduction.

Don Juan (1664) est une pièce créée par Molière (1622- 1673) pour permettre à sa troupe de vivre au moment où son Tartuffe avait été interdit suit à la cabale de la Compagnie du Saint Sacrement. Comme pour se disculper de toutes les accusations dont on l’a accablé et notammentl’athéisme, Molière tente de faire amende honorable en vouant aux enfers un libertin, un athée qui défie les puissances célestes.
L'extrait étudié est tiré de l’acte I, scène première qui constitue la scène d'exposition. Nous sommes en présence d’une tirade de Sganarelle, valet du héros éponyme. Sganarelle reçoit la visite de Gusman, écuyer de Done Elvire, car celle-ci, en tant qu’épouse de Dom Juan,souhaite connaître les raisons du départ impromptu de son époux.
Sganarelle fait alors part à Gusman de ses suppositions et s'explique en dressant un portrait complet et fortement subjectif de son maître. Pour l’heure, il fait un éloge du tabac.

Sganarelle, tenant une tabatière.
Quoi que puisse dire Aristote et toute la philosophie,
il n’est rien d’égal au tabac : c’est la passion des honnêtesgens, et qui vit sans tabac n’est pas digne de vivre. Non-seulement il réjouit et purge les cerveaux humains, mais encore il instruit les âmes à la vertu, et l'on apprend avec lui à devenir honnête homme. Ne voyez-vous pas bien, dès qu’on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde, et comme on est ravi d’en donner à droit et à gauche, partout où l' on se trouve ? Onn'attend pas même qu' on en demande, et l' on court au-devant du souhait des gens : tant il est vrai que le tabac inspire des sentiments d' honneur et de vertu à tous ceux qui en prennent.
Mais c'est assez de cette matière. Reprenons un peu notre discours. Si bien donc, cher Gusman, que done Elvire, ta maîtresse, surprise de notre départ, s' est mise en campagne après nous, et son coeur, que monmaître a su toucher trop fortement, n' a pu vivre, dis-tu, sans le venir chercher ici. Veux-tu qu'entre nous je te dise ma pensée ? J' ai peur qu' elle ne soit mal payée de son amour, que son voyage en cette ville produise peu de fruit, et que vous eussiez autant gagné à ne bouger de là.
Gusman.
Et la raison encore ? Dis-moi, je te prie, Sganarelle, qui peut
t inspirer une peur d'un si mauvaisaugure ? Ton maître t'a-t-il ouvert son coeur là-dessus, et t'a-t-il dit qu'il eût pour nous quelque froideur qui l'ait obligé à partir ?
Sganarelle.
Non pas ; mais, à vue de pays, je connois à peu près le train des choses ; et sans qu'il m’ait encore rien dit, je gagerois presque que l'affaire va là. Je pourrois peut-être me tromper ; mais enfin, sur de tels sujets, l'expérience m'a pu donnerquelques lumières.
Gusman.
Quoi ? Ce départ si peu prévu seroit une infidélité de dom Juan ? Il pourroit faire cette injure aux chastes feux de done Elvire ?
Sganarelle.
Non, c'est qu’il est jeune encore, et qu’il n’a pas le courage...
Gusman.
Un homme de sa qualité feroit une action si lâche ?
Sganarelle.
Eh oui, sa qualité ! La raison en est belle, et c’est par là qu’ils'empêcheroit des choses.
Gusman.
Mais les saints noeuds du mariage le tiennent engagé.
Sganarelle.
Eh ! Mon pauvre Gusman, mon ami, tu ne sais pas encore, crois-moi, quel homme est dom Juan.

Gusman.
Je ne sais pas, de vrai, quel homme il peut être, s' il faut qu' il nous ait fait cette perfidie ; et je ne comprends point comme après tant d' amour et tant d' impatience témoignée, tantd' hommages pressants, de voeux, de soupirs et de larmes, tant de lettres passionnées, de protestations ardentes et de serments réitérés, tant de transports enfin et tant d' emportements qu' il a fait paroître, jusqu' à forcer, dans sa passion, l' obstacle
sacré d' un convent, pour mettre done Elvire en sa puissance, je ne comprends pas, dis-je, comme, après tout cela, il auroit le coeur...
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