Done elvire dans le dom juan de molière

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  • Publié le : 1 mars 2010
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Done Elvire dans le Dom Juan de Molière

Introduction
La première représentation de Dom Juan se déroule le 15 février 1665 au théâtre du Palais Royal.
Molière a fait appel à deux peintres, Simon et Prat, pour le décor, ce qui est une première, et témoigne, tout comme son travail d’adaptation de la légende, qu’il ne s’agissait nullement de bâcler cette pièce. De plus, « un directeur detroupe pressé par l’urgence n’aurait vraisemblablement pas pris le temps, non seulement de créer un personnage original, comme celui de Done Elvire, mais de remodeler entièrement la figure de Dom Juan que lui fournissaient ses prédécesseurs ».
Le 17 février, jour de Mardi gras, se tient la seconde représentation. La pièce connaît un grand succès, comme en témoigne le Registre de Lagrange .Molière, en tant que directeur de la troupe, aurait donc dû, en toute logique, la maintenir au programme du théâtre après sa fermeture pour les fêtes de Pâques. Mais à la réouverture du théâtre, il en est tout autrement : Dom Juan n’est plus à l’affiche, et Molière reprend d’anciennes pièces telles Le Cocu imaginaire, et L’Ecole des Femmes, qui remportent un piètre succès. Tout porte donc à croire, commele souligne G.Couton , qu’on a donné l’ordre officieux à Molière de s’autocensurer.
Toute création littéraire est à replacer dans un contexte, social, politique, religieux, littéraire. Et cela est d’autant plus vrai, et inévitable pour la compréhension du Dom Juan de Molière. Après une première représentation de son Tartuffe ou l’hypocrite, le 12 mai 1664, sa pièce fait aussitôt l’objet deréactions violentes, et se voit interdire. Molière n’obtiendra gain de cause qu’en 1669. Il adapte donc le mythe donjuanesque alors qu’il est en pleine bataille pour lever la censure que connaît son Tartuffe. A l’automne 1664, quels pouvaient donc être son état d’esprit, et ses intentions ? Les attaques violentes, et surtout la censure auxquelles il était confronté, ont forcément influé sur l’écriturede son Dom Juan. Claude Bourqui évoque l’hypothèse, on ne peut plus justifiée, de la « colère noire », et « du sentiment d’injustice » qui devaient habiter l’auteur, impuissant face à la censure, aux agressions très virulentes du parti dévot, et de la puissante Compagnie du Saint-Sacrement, à son encontre. Allait-il opter pour la « raison » et adapter un Dom Juan conforme à la légende, nelaissant ainsi aucune chance à ses détracteurs de s’attaquer à sa nouvelle pièce ? Tenter ainsi de « se faire oublier » après tout le bruit, le scandale occasionnés par L’école des femmes, et son Tartuffe, calmer ses ennemis, puissants dévots, et se concentrer sur la défense du Tartuffe qui lui tenait tant à cœur? Ou bien, au contraire, dans son adaptation de Dom Juan, refuser l’autocensure, et ainsitoujours passer au regard de ses adversaires, pour un libertin, un homme corrompu, immoral, sans piété, aux mauvaises mœurs. Voire un « démon vêtu de chair et habillé en homme, et le plus signalé impie et libertin qui fut jamais dans les siècles passés », tel que le qualifiait un curé parisien, Roullé, dans Le roi glorieux au monde ou Louis XIV le plus glorieux de tous les rois du monde .
Lapersonnalité de Molière qui transparaît au travers de l’ensemble de son œuvre laisse à penser qu’il ne pouvait se taire, et contenter ainsi ses opposants. L’étude de son Dom Juan et de l’accueil fait à sa pièce, témoignent de cette prise de position, et nous donne ainsi raison.
Rappelons brièvement, en nous appuyant sur les recherches de G.Couton , les critiques auxquelles Molière et son Dom Juanfurent exposés.
Le 14 février 1665, Loret fait l’apologie de la pièce dans La Muse historique. On parle déjà de la pièce : Molière pour « promouvoir » sa nouvelle création avait dû ouvrir les portes du Palais-Royal lors des répétitions, suppose G.Couton . Le théâtre de Molière devait défrayer la chronique. Et la réputation sulfureuse du dramaturge devait déchaîner les passions, avant même les...
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